Le cardinal Pie : «  je m’empresse de rendre justice aux religieuses dispositions de Votre Majesté et je sais reconnaître, Sire, les services qu’elle a rendus à Rome et à l’Eglise, particulièrement dans les premières années de son gouvernement. Peut-être la Restauration n’a-t-elle pas fait plus que vous ? Mais laissez-moi ajouter que ni la Restauration, ni vous, n’avez fait pour Dieu et qu’il fallait faire, parce que ni l’un ni l’autre, vous n’avez relevé son trône, parce que  ni l’un ni l’autre, vous n’avez renié les principes de la Révolution dont vous combattez cependant  les conséquences pratiques, parce que l’évangile social dont s’inspire l’Etat est encore la Déclaration des Droits de l’Homme, laquelle n’est autre chose, Sire, que la négation formelle des Droits de Dieu. Or, c’est le Droit de Dieu de commander aux Etats comme aux individus. Ce n’est pas pour autre chose que Notre Seigneur est venu sur la terre. Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l’enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernements comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n’exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence. Or, j’ai le devoir de vous dire qu’il ne règne pas parmi nous  et que notre Constitution n’est pas, loin de là, celle d’un Etat chrétien et catholique.

Notre droit public établit bien que la religion catholique est celle de la majorité des Français, mais il ajoute que les autres cultes ont droit à une égale protection. N’est-ce-pas proclamer équivalemment que la Constitution protège pareillement la vérité et l’erreur ? Eh bien ! Sire, savez-vous ce que Jésus-Christ répond aux gouvernements qui se rendent coupables d’une telle contradiction ? Jésus-Christ, Roi du Ciel et de la terre, leur répond : « Et Moi aussi, gouvernements qui vous succédez et vous renversant les uns les autres, Moi aussi, je vous accorde une égale protection. J’ai accordé cette protection à l’Empereur votre oncle, j’ai accordé la même protection aux Bourbons, la même protection à Louis-Philippe, la même protection à la République,  et à vous aussi, la même protection vous sera accordée. »

L’empereur arrêta l’évêque : «  Mais encore croyez-vous que l’époque où nous vivons comporte cet état de choses, et que le moment soit venu d’établir ce règne exclusivement religieux que vous me demandez ? Ne pensez-vous pas, Monseigneur, que ce serait déchaîner toutes les mauvaises passions ? »

Le cardinal Pie : «  Sire, quand de grands politiques comme votre Majesté m’objectent que le moment n’est pas venu, je n’ai qu’à m’incliner parce que je ne suis pas un grand politique. Mais je suis évêque, et comme évêque, je leur réponds : « Le moment n’est pas venu pour Jésus-Christ de régner, eh bien ! Alors le moment n’est pas venu pour les gouvernements de durer »

Commentaire : Quatorze ans plus tard, le 4 septembre 1870, l’Empereur Napoléon III était renversé dans la honte de la défaite militaire. Le témoignage du Cardinal Pie est vraiment excellent et très orthodoxe. En effet, le Cardinal Pie, bien que souvent réputé de sensibilité légitimiste sur le plan personnel, ne met pas ici en cause tel ou tel type de régime politique, mais bien le code moral, « l’évangile social » qui forme la constitution de ce régime et/ou de ses dirigeants. Et de démontrer que les états qui méprisent les lois de Dieu sombrent fatalement dans la décadence et le chaos, peu importe leur prétention à tel niveau de progrès ou de développement.

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