On ne sait si quelqu’un des prosélytes, habitants des contrées de la Lybie (Actes 2 – 10), dont parle Saint Luc aux Actes des Apôtres, comme premiers auditeurs de Saint Pierre à Jérusalem, au jour de la Pentecôte, aura porté les premières lueurs de l’Évangile dans cette partie du nord de l’Afrique que nous nommons l’Algérie. Il est constant que les relations continuelles avec les Romains, qui occupaient, dans le voisinage, sous le nom de Province proconsulaire, toutes les possessions de Carthage que comprend aujourd’hui l’État de Tunis, ont apporté de Saint Pierre même, chef de l’Église universelle, la connaissance de Jésus-Christ sur ces bords. Les Chrétiens y étaient en grand nombre au milieu du second siècle, et, — sans qu’il y eût de distinction entre eux dans l’Église de Dieu, qui ne fait acception de personne, — leur réunion se composait d’indigènes montagnards, que l’on appelle encore Kabyles ; de Gétules dans les campagnes, de Numides sur les côtes, de Maures dans les villes, aussi bien que de Gaulois et de Romains, qui avaient fui sur cette terre hospitalière les tourmentes politiques de l’Italie et les persécutions qui n’avaient pas encore atteint le Christianisme en Afrique.

Le début des persécutions des païens contre le christianisme en Afrique

Le Proconsul Vigélius Saturninus vint le premier les exercer en l’année 198, et Saint Namphanion de Madaure fut aussi le premier qui eut le bonheur de donner sa vie pour Jésus-Christ. Tous ceux qui furent assez heureux pour marcher sur ses traces, dans les cent quatorze ans que durèrent les diverses persécutions romaines, furent moissonnés presque tous dans les conditions ordinaires que nous allons dire. Ils étaient dénoncés comme adorateurs de Jésus-Christ, arrêtés en divers lieux et transférés le plus souvent à Carthage, où le magistrat suprême1 siégeait au nom de Rome, dont le pouvoir s’étendait sur la Numidie et les Mauritanies, qui ont composé l’Algérie et le Maroc. On les conservait, plus ou moins longtemps, dans des prisons dont la civilisation actuelle n’a rien qui puisse rappeler l’horreur. C’était, dans la plupart des localités, un seul et unique cachot, sorte de cave plus profonde que spacieuse, où les prévenus étaient descendus et restaient entassés pêle-mêle dans une profonde obscurité, dans une fange infecte, où on leur jetait de loin en loin quelques aliments. On ne les en retirait que pour les citer devant les tribunaux. Lorsqu’ils y comparaissaient ils déclinaient leur nom et leur titre de frères de Jésus-Christ, ils refusaient hautement les propositions d’avantages matériels qui leur étaient faites en échange d’une apostasie.

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Presque toujours on les appliquait à la question. Elle consistait généralement en la distension des membres, au moyen de poulies et de cordes attachées aux pieds et aux mains ; en flagellations par plusieurs bourreaux armés de lanières plombées, de nerfs de bœuf ou de bâtons ; en dissections par des ongles de fer rougis au feu ; en brûlures par des torches ardentes. Les inventions capricieuses d’un juge en démence étaient quelquefois plus atroces ; elles furent parfois, si révoltantes que les païens eux-mêmes, qui assistaient en masse à ces procédures-faites sur la place publique, à l’ombre d’un portique ouvert, suivant les usages de l’antiquité, se soulevèrent d’indignation. La fin de ces horribles spectacles était presque toujours la décapitation d’un nombre considérable de Chrétiens ; et les anciens, avides de démonstrations énergiques, étaient émerveillés, fréquemment convertis, par l’aspect extraordinairement heureux de ces hommes destinés au glaive, et marchant radieux au supplice, comme s’ils avaient couru à un triomphe !

Les ardeurs d’un bûcher terminaient aussi quelquefois, par une ironie satanique, la série des tourments de ces héros, qui avaient menacé leurs bourreaux des flammes éternelles de l’enfer, qu’ils voulaient eux-mêmes éviter par leur suprême sacrifice. Donc, après Saint Namphanion et ses compagnons, — Saint Spérat et ses concitoyens de Scilla, les imitant dans leur confession, souffrirent à Carthage, où ils furent conduits2. Les édits de Septime Sévère ordonnant la cinquième persécution générale, qui commença par le martyre du pape Saint Victor (202), Africain de naissance, livrèrent aux bêtes de l’amphithéâtre, à Carthage, Sainte Félicité et Sainte Perpétue (203) avec leurs compagnons.

Des vrais liens du sang entre la chrétienté d’Europe et d’Afrique du Nord

Les investigations contre les Chrétiens se ralentirent, tandis qu’elles sévissaient en Europe par recrudescences inégales. Le pape Saint Corneille subit la mort (251) pour avoir entretenu une correspondance pastorale avec l’Afrique.

Valérien marqua, peu après, sur cette plage, les premiers excès de sa fureur par le sacrifice de la vierge Sainte Restituta (256), qui, brûlant dans une barque lancée en mer, fut comme offerte en holocauste à Dieu.

Cette persécution, qui est estimée la huitième, frappa en Afrique sur un grand nombre de Chrétiens. Le plus illustre d’entre eux, Saint Cyprien, élevé sur le siège épiscopal de Carthage, et Saint Théogènes sur celui d’Hippone furent immolés (257). La famille sacerdotale semblait être l’objet spécial de la rage destructive dont l’esprit du pouvoir était possédé.

Le vieil évêque Saint Secundinus, le jeune diacre Saint Marien, Saint Jacques, simple Lecteur,et aussi les vierges consacrées à Dieu Sainte Tertulle et Sainte Antonie, enfants adoptifs de l’évêque Saint Agapius, ne rachetèrent point par leur mort la paix du champ évangélique dont ils étaient la fleur (259). Sainte Marciane reçut la mort pour Jésus-Christ à Julia Césarée (Cherchell), dès le commencement de la persécution de Dioclétien (284), qui fut la dernière, et qui éclata en Afrique avec une furie toute nouvelle.

Le centurion Saint Marcel fut décapité à Tangis(298) ; la noble dame Sainte Crispine de Tebessa, les Saints Arcadius, Sévérien et son épouse Sainte Aquila, de Julia Césarée, périrent de la main des bourreaux (303) ; Saint Saturnin, Saint Félix, Saint Jules, Saint Paul, Sainte Victoire et leurs compagnons, pour avoir célébré le dimanche dans la ville d’Abiline furent punis de mort (304) ; Saint Firmus, évêque de Tagaste, n’ayant pas voulu livrer un proscrit, fut cruellement tourmenté (305).

Explication de la fureur des païens contre les chrétiens

On se demandera, dans notre siècle où le Christianisme a fait pénétrer ses ineffables douceurs jusque dans les cœurs les plus farouches, comment des hommes ont pu déployer tant de méchanceté contre leurs semblables, contre des concitoyens qui étaient des modèles de toutes les vertus. La conduite des persécuteurs, inexcusable puisqu’elle leur était inspirée par l’effervescence des passions, est explicable à certains points de vue. Indépendamment des suggestions directes de l’esprit du mal, la calomnie, chez les Romains, leur représentait les Chrétiens comme des scélérats qui s’enfermaient de nuit pour boire du sang et manger de la chair humaine, — allusion absurde aux mystères eucharistiques ; — les Philosophes se soulevaient contre eux par dépit, les prêtres des idoles par cupidité, les légistes par un fanatique amour de la légalité, le peuple par superstition, les empereurs par politique ; le-nom seul de Chrétien était un objet de haine pour le genre humain. On ne recherchait pas leurs crimes, on ne châtiait que leur nom ; on n’examinait pas leur doctrine religieuse, on les immolait parce qu’ils en avaient une autre que celle de César ; comme si César avait eu le droit de diriger et d’enchaîner la conscience au pied des infâmes autels qu’il honorait de son encens !

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L’orgueil aussi était blessé de l’aspect de la chasteté, de la tempérance, de l’éloignement des jeux publics, de la pénitence et du détachement, qui faisaient si hautement la critique des désordres affreux dont se souillait une civilisation hypocrite et usée. Chez les Vandales ariens, qui avaient chassé les Romains de l’Afrique, il y eut de plus cette haine intolérante de l’hérésie, qui se montre partout la même, et qui ne règne qu’à la condition de persécuter. Chez les Musulmans, il n’y avait pas besoin d’autre aliment à la persécution que le fanatisme religionnaire, et ce fanatisme les porta parfois aux plus grands excès. Maintenant, qu’aux époques de rudesse antique les Chrétiens, par une allure de bravoure qui était dans l’esprit de tous, aient renversé parfois les idoles de gens qu’il savait devoir les supplicier pour ce fait, — si dans cet acte, on reconnaissait une brusquerie provocatrice, il faudrait convenir aussi que lorsqu’on sait comme eux mourir pour son opinion, on peut bien se croire en droit de la Manifester. Ce genre de prédication, eu égard aux mœurs du temps, aux personnes et aux lieux, était dans les desseins de Dieu ; et aujourd’hui même, une autre manière de procéder n’aurait peut-être pas un résultat plus prompt et plus durable. Toutes ces circonstances, et leurs conséquences cruelles, devaient produire le plus grand effet sur la société d’alors. Ce fut donc,par moment, une guerre où le faible, qui avait raison, sut qu’il devait combattre ainsi pour la vérité, et succomber personnellement pour amener la victoire du principe, et par l’énergie de la confession, et par la pitié qui s’attache à la victime, et par la lassitude future, certaine, de celui qui s’acharne contre la vérité.

Paix de Constantin et début de la persécution des hérétiques

La paix, que l’avènement de Constantin, à l’empire (306) semblait devoir assurer à l’Église, fut bientôt troublée par la scission plus déplorable qu’amenèrent les hérésies. Celle des Ariens qui niaient la divinité de Jésus-Christ, et celle des Manichéens, qui reconnaissaient deux principes créateurs, l’un bon et l’autre mauvais ;

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celle des Pélagiens qui niaient la grâce et le péché originel; celle des Prédestinatiens, qui, au rebours du Pélagianisme, niaient la liberté, et enfin, le grand schisme de Donat, que nous aurions dû nommer le premier à cause de l’importance de ses ravages, s’étendirent en Afrique, et donnèrent occasion de se distinguer à de saints prélats, parmi lesquels nous devons noter Saint Optat, évêque de Milève (Mila, près de Gigelli), en 384, et par dessus tout, l’immortel, l’incomparable Saint Augustin.

En touchant le cœur d’Augustin, la grâce assurait à l’orthodoxie catholique de tous les âges son plus puissant défenseur. Sa mère, Sainte Monique, étant morte l’année même où il s’était donné à Dieu (387), il reçut la prêtrise (390), et fut consacré évêque d’Hippone cinq ans après. Jamais on n’allia tant de zèle avec tant de charité, tant de savoir avec tant de génie, tant d’éloquence avec tant de subtilité, et, ajoutons-le, tant de sainteté avec tant de gloire. Cette belle vie épiscopale fut donnée tout entière à la lutte doctrinale et à la prière. Augustin fait face à tous les besoins. L’Église l’admire, et les âges chrétiens lui ont tressé une couronne qui ne fait que s’embellir à mesure que ses œuvres prodigieuses sont plus étudiées et mieux connues. Ce n’est pas sur lui qu’on eût osé porter la main ! et toutefois, de son temps, il y avait des martyrs. Un concile fut rassemblé à Carthage pour mettre fin aux dissidences malheureuses que les erreurs entretenaient en Afrique depuis l’an 306. Le saint comte Marcellin, qui avait assisté au nom de l’empereur à cette assemblée, fut opprimé par l’intrigue des hérétiques et soudainement mis à mort comme un criminel (413). Cependant Dieu honorait par des miracles la foi des enfants de la véritable Église vénérant les reliques de Saint Étienne, premier martyr.

La persécution des ariens et des Vandales contre la chrétienté d’Afrique du Nord et d’Europe

Déjà les Vandales, Ariens de religion, sous la conduite de Genséric, commençaient leurs pirateries ; Saint Papinien, évêque de Pérada, et Saint Mansuet, évêque d’Uracita, subissaient le martyre. Ces barbares avaient envahi la Numidie, et ne s’arrêtèrent devant Hippone que pour y laisser le temps à Saint Augustin d’y mourir (430).

Catacombe de Saint Quod-vult-Deus à San Gennano (Naples).

Tandis que son ami Saint Alype s’éteignait en Italie, les Vandales attentèrent contre le nouvel évêque de Carthage, nommé Quod-Vult-Deus, (Ce que Dieu Veut), contre Saint Possidius et Saint Canion, arrachés à leurs sièges épiscopaux, et les chargeant, avec deux cents de leurs collègues, sur un vieux navire qu’ils espéraient voir sombrer, ils les chassèrent en pleine mer, d’où ces prélats furent portés par un vent favorable sur les côtes de Naples (437). La plupart, à la suite des tortures souffertes de la main des hérétiques, y moururent pour la divinité de Jésus-Christ, que Saint Cyrille, évêque d’Alexandrie, défendait si bien en Orient.

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Saint Eugène, évêque de Carthage, persécuté par Hunéric, mort en exil à Albi

Un autre évêque appelé Saint Deogratias, exerça à Carthage les œuvres de charité les plus éclatantes envers les malheureuses victimes de ces déprédateurs de l’Italie (457). Saint Eugène, qui lui succéda, fut exilé par eux dans les Gaules, où il expira (505). Saint Fulgence, évêque de Ruspes, crut que le moment était venu de soustraire aux violences des ennemis de l’Église le corps de Saint Augustin, qui en avait été le plus illustre champion, et l’emporta en Sardaigne, en compagnie de soixante proscrits (508). Il ne cessa pourtant d’entretenir dans son diocèse la lumière de la foi par des communications éloquentes, jusqu’au jour de son rappel par Hildéric, qui fut presque le lendemain du bannissement de Saint Honoré, évêque de Constantine (522). Deux cent vingt évêques avaient éprouvé le même sort sous le roi arien Trasitmond, dont Saint Paulin-le-Jeune, évêque de Nole (en Campanie), qui était venu en Afrique prendre la chaîne de l’esclavage à la place du fils d’une veuve, captif des Vandales avait prédit la mort. Alors n’était plus le temps où les ministres du culte avaient eu à donner leur vie pour la foi : on les envoyait en exil; encore y recevaient-ils la mort pour la même cause, comme l’évêque Saint Régulus, relégué en Sardaigne (500), qui parvint plus tard au martyre, en Toscane, sous les coups de Totila (545).

Sainte Catherine d’Alexandrie et Saint Regulus

Efforts tardifs des romains d’Orient pour chasser les Vandales et invasion des mahométans

Mais l’empereur Justinien entendit enfin les gémissements de ses frères, les Catholiques d’Afrique. Ce troupeau décimé, qui avait compté six cent quatre-vingt-dix évêques au temps de la puissance romaine, et n’en avait plus eu que quatre cent soixante-six sous les vexations de Hunéric (481), en reconnaissait encore deux cent dix-sept lorsque Constantinople vint à son secours (534). Les Grecs byzantins, sous la conduite de Bélisaire, chassèrent les Vandales, et furent bientôt après chassés à leur tour (653) par l’invasion musulmane.

Le général Bélisaire, envoyé par l’empereur Justinien, reprit les provinces d’Afrique aux hérétiques ariens et vandales et restaura, pour un temps et difficilement, l’autorité de l’empire, ainsi que les droits de l’Eglise.

L’Islamisme, refusant au Fils de Dieu son titre divin et prêchant à main armée ses grossières erreurs, noya dans un torrent de sang tout ce qui portait le nom chrétien dans le nord de l’Afrique (688) et dans les îles voisines ; et ce fut à prix d’argent que Luitprand, roi des Lombards, dut racheter des mains des Mahométans les restes de Saint Augustin (725). Le Christianisme semblait être anéanti pour toujours sur les côtes barbaresques. Deux Ordres pour la rédemption des captifs, qui s’y aggloméraient par les hasards de la guerre que les Maures entretenaient en Espagne, s’étaient établis : l’un en 1198, sous le titre de la Sainte-Trinité, par le zèle de Saint Jean de Matha, qui vint par deux fois à Tunis pour y exercer ce saint office de charité ;

l’autre en 1218, sous la protection de la Mère de Dieu, au titre de Notre-Dame-de-la-Merci, par les soins de Saint Pierre de Nolasque, qu’Alger vit aborder sa plage redoutée. Déjà quelques-uns des braves religieux qui composaient cette milice sainte, et qui, pour la plupart, avaient porté l’épée comme chevaliers, étaient souvent venus, comme suppliants et l’or à la main, briser les fers des esclaves chrétiens ;

ainsi avaient fait le Bienheureux Pierre Armengaud, qui fut attaché au gibet à Bougie (1128), Saint Raymond Nonat, à qui les Algériens fermèrent la bouche avec un cadenas de fer, et Saint Sérapion, qu’ils crucifièrent (1240), — lorsque Saint Louis, roi de France, descendit sur le rivage de Tunis, suivi d’une armée qui n’avait, à son insu, qu’une mission évangélique et toute de paix. Mais rien d’utile ne couronna cette tentative puissante, que des invitations secrètes avaient attirée sur cette côte où elle échoua par la mort du saint roi (1270).

On voit ici Raymond Lulle qui, à l’âge de 82 ans, arrive à Tunis. Lors de cette mission, qui sera sa dernière, il tente encore une fois d’amener les docteurs de l’islam à reconnaître la religion chrétienne. Sur une des tours, flotte le drapeau catalan du consulat qui le protégeait. (Vita coetanea , vers 1311).

Le Vénérable Raymond Lulle poussera encore la persévérance jusqu’à revenir seul, à l’âge de quatre-vingts ans, annoncer la foi aux Maures de Bougie, qui écrasent en lui, sous les pierres dont ils le lapident, un dernier germe évangélique qu’il leur apportait (1315).

Sous la domination du mahométisme, une Église d’esclaves et de martyrs oubliés

A partir de cette heure, un crêpe de deuil, de plus en plus épaissi, pèse sur le sol imbibé jadis du sang des martyrs et où bien des Chrétiens meurent encore pour leur Dieu, dans ces lieux mêmes où, pour le même nom, Saint Fortunat, Saint Lucien, Saint Cyrille, les frères Saint Romulus et Saint Secundus, et tant d’autres de leurs aînés, avaient cueilli la palme du triomphe. Les tourments les plus atroces étaient inventés par les sectateurs de Mahomet, — quelquefois même, hélas ! renégats de la foi en Jésus-Christ !…pour vaincre la constance de ces obscurs confesseurs de la vérité méconnue; jusque là qu’ils pilaient la créature humaine et l’enterraient vivante dans leurs murailles à l’instar d’une matière brute, comme ils le firent à Alger (1509) en la personne d’un jeune Arabe baptisé sous le nom de Geronimo (lire l’histoire du vénérable Géronimo l’algérien ici) Leurs pirates parcouraient les mers et vendaient les prisonniers à l’encan. C’est ainsi que Saint Vincent-de-Paul fut réduit en esclavage à Tunis, d’où il ne sortit qu’en opérant sur celui qui était devenu son maître une conversion éclatante (1607).

La renaissance des diocèses d’Afrique à la faveur du colonialisme révolutionnaire ?

Mais une révolution miséricordieuse était préparée par la bonté de Dieu pour la patrie de Saint Augustin, qui ne cessait sans doute d’intercéder pour elle. Ses dépouilles bénies étaient entourées de nouveaux honneurs, à Pavie, en 1693. Un siècle plus tard, des événements politiques préparaient entre la France et l’État d’Alger une rupture qui éclatait (1830) par la prise de possession des régions septentrionales de l’Afrique, au nom du roi très-chrétien (sic).

En 1839, l’évêché d’Alger était relevé, après douze siècles d’oubli et comme d’inhumation sous le sol foulé lourdement par le stupide Mahométisme. Toute la Chrétienté se hâtait de doter ces mosquées, converties tout-à-coup en chapelles, en cathédrale, de ce qu’elle avait de plus précieux : c’étaient des saintes reliques de l’Apôtre Saint Philippe et du grand Saint Augustin (1842) ; c’était d’une parcelle d’un de ces clous qui attachèrent à la croix notre divin Maître.

Le Cardinal Lavigerie fut l’un des principaux propagateurs de la foi chrétienne en Afrique. Fondateur des Sociétés Missionnaires d’Afrique.

De grandes vertus apparurent, de grands sacrifices se reproduisirent sur cette terre des saints et des martyrs. Si des malheurs y furent encore essuyés, l’Église d’Afrique s’en consola en se consacrant au Sacré-Cœur de Jésus (1849), et en répétant avec son nouvel évêque ces paroles de l’Apôtre, qui semblent prophétiser sur ce rivage l’avenir du flambeau de la foi : Il se relève pour ne plus s’éteindre, RESURGENS NON MORITUR (Rom 6 – 9).

Victor Bérard, Les Saints de l’Algérie, Introduction, avec approbation de Monseigneur Pavy, évêque d’Alger, 1857.

1 Ce magistrat suprême portait le titre de Proconsul à Carthage, capitale de tout le pays, aussi bien que siège principal et métropolitain de la religion chrétienne en ces contrées. La Numidie était administrée par un haut fonctionnaire impérial qui prenait le nom de Consulaire. La Mauritanie proprement dite, à l’extrême ouest (le Maroc), et la Mauritanie césarienne (l’Algérie), étaient l’une et l’autre gouvernées par un Président. Cette dernière fut divisée en deux par Dioclétien, (commencement du quatrième siècle).La partie s’étendant du fleuve Savus (Mazafran) à l’Ampsaga (Oued-Kebir) prit le nom de Mauritanie Sitifienne. Cette répartition du territoire Subit, par la suite, diverses subdivi sions.

2 Dans cette introduction, présentée selon l’ordre des temps, il n’est mentionné que les Saints dont la fête particulière est célébrée maintenant en Algérie. Les autres Saints, nominativement désignés, au nombre de plus de trois cents, dans le Martyrologe romain, sont indiqués au Calendrier africain, à la fin de ce volume, et commémorés, quelques- uns du moins, au jour de la Toussaint.

Commentaire : Cette éloquente introduction est tirée du très bel et très émouvant ouvrage de l’érudit algérianiste Victor Bérard de la Société historique algérienne. Publié en 1857 avec l’approbation zélée de Monseigneur Pavy, évêque d’Alger, cet ouvrage témoigne bien de la grande émotion et de l’espérance très grande des catholiques romains en Europe de voir refleurir la chrétienté d’Afrique du Nord, dont les familles les plus formées quand à la science historique, liturgique et théologique de l’Église, n’ignorent nullement tout ce que l’Église en Europe doit à celle de l’Afrique du Nord et à quel point ces liens qui s’inscrivent dans les premières décennies mêmes de l’évangélisation de l’Occident méditerranéen influent encore la chrétienté qui est contemporaine de la conquête coloniale des régimes post-révolutionnaires à partir de 1830 en Afrique du Nord. Nous tenons donc à laisser ici un commentaire pour que le lecteur se rende bien compte que ce texte est écrit en 1857, à une époque où des régimes tels que le royaume-citoyen de Louis-Philippe ou l’empire républicain de Louis-Napoléon sont essentiellement préoccupés de politique et de gains économiques, et ne se préoccupent que relativement peu des affaires de l’Église. En revanche, le colonialisme sous la IIIe république sera lui, beaucoup plus dirigiste, plus autoritaire, plus encadrant et surtout, plus idéologique, interdisant peu à peu l’Église d’évangéliser les musulmans. Il en résulte que c’est bel et bien le régime républicain qui a contribué à structurer de nouvelles formes d’islams, par exemple en Algérie, selon des modèles qui furent réintroduits plus récemment en métropole avec les CCIF ou UOIF. En réalité, donc, le régime républicain – tout comme les régimes libéraux anglo-saxons de la même époque- ont largement contribué à maintenir les structures de l’islam dans les colonies ou protectorats d’Afrique du Nord et même plus que cela : ces régimes ont réellement contribué à restructurer et à rendre plus efficaces ces structures qui constituent aujourd’hui les bases confessionnelles de la masse musulmane originaires de pays comme l’Algérie, tout spécialement celles qui vivent en France depuis deux ou trois générations. Celles-ci, surtout pour les générations installées depuis les années 70-80 et dont les parents ou grand-parents ont connu l’instruction publique de la IIIe ou IVe république, pratiquent des formes d’islams fort dépareillés, de façon très libérale et de façon beaucoup plus coutumière que spirituelle. Cette laïcisation de l’islam fut un objectif depuis longtemps poursuivi par les administrateurs coloniaux et les technocrates du début du XXe siècle, prévoyant la fin de l’exploitation directe des colonies pour se concentrer peu à peu vers le projet de construction européenne. Cet objectif fut en partie atteint, et c’est aussi pourquoi un grand nombre de musulmans citoyens français ne comprennent pas toujours aujourd’hui les sentiments « islamophobes » qui peuvent être renvoyés par les champions de la république eux-mêmes.  Cet objectif fut atteint et il le fut évidemment contre tous les droits et les projets de la sainte Église, car, la pseudo-citoyenneté que fit miroiter cruellement et injustement la république aux musulmans d’Algérie pendant des décennies (et l’accorda scandaleusement à la pègre juive de ce pays) n’est rien en effet devant la citoyenneté du Nouvel Israël, du Vrai Israël qu’est la Sainte Église catholique divinement instituée par Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Voici, encore une fois, toute résumée la raison des échecs et du déclin de la France. La France était déjà apostate, surtout dans ses élites politiques, à l’époque du brave cardinal Lavigerie et l’Eglise n’avait plus aucun secours temporel pour faire triompher l’évangélisation. La présence française se solde par la pathétique guerre d’Algérie, suivie par les politiques de progrès social et économiques plébiscitées par les français des années 1970, politiques qui conduiront à la crise migratoire, identitaire et socio-économiques que nous connaissons encore aujourd’hui.

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