La ville de Gand honore aujourd’hui avec une grande vénération Sainte Pharaïlde, fille de Sainte Amalberge, laquelle était nièce selon les uns, et selon d’autres sœurs de Pépin de Landen, prince souverain des Belges et aïeul de Charles Martel et de Charlemagne. Elle naquit au milieu du VIIe siècle, et fut sœur ainée par sa mère de Sainte Gudule, patronne de Bruxelles, de Sainte Renilde, honorée à Sainctes près de Hal, et de Saint Emelbert, évêque de Cambrai ; elle était proche parente encore de Sainte Begghe et de Sainte Gertrude. Cette dernière, qui avait été sa marraine au baptême, lui donna, dès ses plus tendres années, une instruction pieuse et solide, qui porta les plus beaux fruits. Après avoir été par sa douceur, son obéissance et son amour filial, le modèle des jeunes personnes, Pharaïlde, mariée par ses parents, devint l’exemple des épouses et des femmes chrétiennes.

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Chaste et pure, modeste et timide, on croit qu’elle garda la virginité dans l’état de mariage ; et sa vie ne fut pas un seul instant détachée de Dieu. Elle mourut saintement chargée de quatre-vingt-dix ans [exceptionnel pour l’époque] d’une vie riche devant le Seigneur. Son corps en 754 fut transporté à saint Bavon de Gand. Caché pendant les invasions des Normands, il fut rapporté ensuite aux bords de la Lys, dans une chapelle qui devint plus tard une église. On représente Sainte Pharaïlde avec une oie à la main, peut-être à cause que les Gantois dont elle est la protectrice faisaient un grand commerce autrefois de ces oiseaux, qu’ils élevaient et qu’ils allaient vendre jusqu’en Italie. Un grand nombre de pèlerins venaient jadis à Gand le 4 janvier, fêter sainte Pharaïlde ; une foire était ouverte ce jour-là sur la place qui porte son nom ; on l’appelait le marché aux petits présents parce qu’on donnait ce même jour les étrennes aux enfants et aux pauvres, en souvenir de la bienfaisance de la Sainte.

Claude-Pierre Goujet, Vie des Saints, 1838, Société nationale pour la propagation des bons livres, Bruxelles.

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Eglise Sainte Pharaïlde de Gand

Les miracles de Sainte Pharaïlde 

À Bruay-sur-l’Escaut, elle fit jaillir une source en frappant le sol de son fuseau pour étancher la soif des ouvriers qui travaillaient aux champs et qui n’avaient rien à boire. Dans un de ses domaines de Bruay ou de Steenockerzeel, suivant les versions des historiens, une troupe d’oies sauvages vint se poser. Un domestique en captura une et la mangea en famille. Pharaïlde l’apprenant, demanda qu’on lui apporte les restes de l’oie et lui rendit la vie.

Depuis sa sortie miraculeuse de terre, cette source, aménagée en puits au cours des siècles qui ont suivi, est utilisée par toutes les personnes de Bruay-sur-l’Escaut. Des plans de la commune de la fin du xviiie siècle montrent son emplacement. Elle se tarit au milieu du xxe siècle à cause de l’exploitation minière très gourmande en eau, et fermée par une dalle de béton par la commune puis recouverte.  Elle fut redécouverte en 1990, lors du 1250e anniversaire de la mort de Sainte Pharaïlde, à l’initiative de l’abbé de l’époque, Georges Martin, qui demanda le concours d’un sourcier. L’emplacement du puits fut redécouvert sur le trottoir devant la maison n°199 de la rue Ledru-Rollin. Une dalle de marbre verticale et un ouvrage de maçonnerie représentant un puits ont été placés à l’endroit de la source, un bien minable « hommage » pour une si grande sainte…Dieu voit tout et punira les apostats qui lui déplaisent !

Le troisième miracle est celui des trois pains en pierre. Une dame demanda à sa voisine de la dépanner en pain. Cette dernière refusa, prétextant qu’elle n’en avait pas alors qu’elle venait d’en porter au four et, sous l’insistance de la première, dit : « Que Dieu et Sainte Pharaïlde changent mes pains en pierre si j’en ai plus d’un demi chez moi ». Quelle ne fut pas sa surprise en rentrant chez elle et en ouvrant la huche à pain de trouver des pierres à la place de ses pains !

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Ce miracle se passe à Steenockerzeel en l’an 1300, il est attesté par une description faite en 1342, signée par cinq curés des environs et confirmée par le sceau de l’archevêque de Cambrai et le Doyen de Sainte Gudule de Bruxelles. Aux dernières nouvelles, les pains en pierres se trouvent dans l’église de Steenockerzeel, à la suite de la démolition de la chapelle de Geetbroek au début des années 1990 pour l’agrandissement de l’aéroport de Bruxelles.

À cause de ses miracles, Sainte Pharaïlde est représentée souvent avec trois pains et une oie. Elle peut aussi être représentée tenant un pain dans ses deux mains.

Elle mourut à l’âge de 90 ans en 740, ayant rendu d’innombrables services de son vivant. Elle est inhumée dans la chapelle dédiée à Saint Jean-Baptiste qu’elle avait construite. Cette chapelle devint l’église Sainte Pharaïlde, probablement à Bruay-sur-l’Escaut. Les personnes commencèrent à la prier juste après sa mort car ils la considéraient comme une sainte et c’est grâce à eux que sa sainteté éclata. Son culte est ratifié en 754. En 810, on parle du sanctuaire de Pharaïlde dans une vie de Saint Saulve, martyrisé à Beuvrage. En 914, dans une charte du Roi Robert, on parle d’une Basilica beatae Pharaïldis qui a été détruite par les Normands pendant leur invasion de 879-883. En 1645, une confrérie de Sainte Pharaïlde est établie et confirmée en 1788. Son corps est ramené à Gand et elle devient la sainte patronne de la ville avec Saint Bavon.

Lors de la démolition de l’ancienne église à Bruay-sur-l’Escaut en 1892, un cénotaphe est découvert, datant du xiie siècle. L’église actuelle possède un reliquaire du xve siècle. Sainte Pharaïlde est toujours fêtée à Bruay-sur-l’Escaut, où une neuvaine lui est consacrée tous les ans, début septembre.

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