Entendons maintenant les diverses Églises, de l’Orient, plus voisines à commencer par celles des lieux où le grand événement s’accomplit. Voici d’abord l’Église de Syrie, ayant pour chantre saint Éphrem, qui entonne son Cantique :
Le Fils étant né, la lumière a brillé ; les ténèbres du monde se sont évanouies, et l’univers a été illuminé ; qu’il rende gloire à l’Enfant qui l’illumine.
Il est né du sein de la Vierge, et à sa vue les ombres se sont enfuies : les ténèbres de l’erreur étant dissipées par sa présence, tout l’univers a été dans la lumière : que l’univers le glorifie.

L’Église Arménienne fait à son tour entendre sa voix ; elle chante, dans l’action même du saint Sacrifice :
Une nouvelle fleur sort aujourd’hui de la tige de Jessé, et la fille de David enfante le Fils de Dieu.
La multitude des Anges et de la milice céleste descendant des cieux, avec le Roi Fils unique, chantaient et disaient : C’est ici le Fils de Dieu. Disons tous : Cieux, tressaillez ; fondements delà terre, réjouissez-vous : car le Dieu éternel a apparu sur la terre, et a conversé avec les hommes, pour sauver nos âmes.

Évêques catholiques arméniens à Jérusalem vers 1880.

L’Église Grecque, dans la pompe de son langage, s’écrie :
Venez , réjouissons-nous dans le Seigneur, célébrant le mystère de ce jour. Le mur de division a été renversé, le glaive de feu est détourné ; le Chérubin ne défend plus l’approche de l’arbre de vie. Et moi je deviens participant des délices du Paradis, d’où, par désobéissance, j’avais été chassé. L’image immuable du Père, le type de son éternité, prend la forme d’un esclave, naissant d’une Vierge-Mère, sans souffrir nul changement ; car il est demeuré ce qu’il était : Dieu véritable ; il a pris ce qu’il n’était pas, devenu homme par amour pour les hommes. Crions vers lui : O toi qui es né de la Vierge ! aie pitié de nous.

 La sainte Église Romaine, par la bouche de saint Léon, dans son Sacramentaire, célèbre ainsi le mystère de la Lumière divine :
C’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces, ô Dieu éternel ! Car aujourd’hui, la lumière véritable, la lumière de notre Sauveur s’est levée et a manifesté toutes choses à notre intelligence et à notre vue ; et non seulement elle dirigera par sa splendeur nos pas dans la vie présente ; mais elle doit nous amener jusqu’à contempler la gloire même de votre immense Majesté.

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Rite latin célébré par Monseigneur Donald Sanborn

La même sainte Église Romaine, dans le Sacramentaire de saint Gélase, fait cette demande au Père céleste qui nous a envoyé son Fils :
Dieu tout-puissant et éternel, qui avez consacré ce jour par l’incarnation de votre Verbe, et par l’enfantement de la bienheureuse Vierge, accordez à vos peuples, dans cette joyeuse solennité, de devenir vos enfants par l’adoption, comme ils sont rachetés par votre grâce.

Par l’organe de saint Grégoire le Grand, dans son Sacramentaire, la même sainte Église Romaine implore la Lumière du Christ pour ses enfants :
Faites, Dieu tout-puissant, que le Sauveur que vous nous envoyez en ce jour où les cieux renouvellent leur lumière, et qui descend en cette solennité pour le salut du monde, se lève à jamais en nos cœurs pour les régénérer.

L’Église de Milan, dans sa Liturgie Ambrosienne chante aussi la Lumière nouvelle et les joies de la Vierge-Mère :
Le Seigneur, par sa venue. a dissipé toutes les ombres de la nuit ; là où la lumière n’était pas, la splendeur s’est répandue, et le jour a paru.
Réjouissez-vous et tressaillez, ô vous, la joie des Anges ! réjouissez-vous, Vierge du Seigneur, allégresse des Prophètes. Réjouissez-vous, ô vous qui, à la parole de l’Ange, avez reçu en vous Celui qui est la joie du monde ! Réjouissez-vous, ô vous qui avez enfanté votre Créateur et votre Maître ! Réjouissez-vous d’avoir été trouvée digne d’être la Mère du Christ.

Rite ambrosien (ou dit milanais)

L’ancienne Église des Gaules épanche son allégresse dans ces joyeuses Antiennes, que l’Église Romaine lui emprunta pendant plusieurs siècles :
Aujourd’hui la Vierge immaculée nous a donné un Dieu, sous les membres délicats d’un enfant ; elle a eu l’honneur de l’allaiter. Adorons tous le Christ qui vient nous sauver.

Réjouissons-nous tous, ô fidèles ! Notre Sauveur est né en ce monde. Aujourd’hui a paru le rejeton de la Majesté sublime, et la pudeur de la mère est demeurée intacte.

O Dame du monde, fille de race royale, le Christ est sorti de votre sein, comme l’époux de la chambre nuptiale ; il est étendu dans la crèche, Celui qui régit les astres.

L’Église Gothique d’Espagne, dans son Bréviaire Mozarabe, salue, avec toutes les autres Églises, le lever du divin Soleil :
Aujourd’hui, la lumière du monde s’est levée ; aujourd’hui, le salut de la terre a brillé ; aujourd’hui, le Sauveur d’Israël est descendu des hauteurs du ciel pour délivrer tous les captifs que l’antique ennemi, le ravisseur, avait enchaînés par le péché du premier homme, et pour rendre, par sa grâce, la lumière aux intelligences aveugles et l’ouïe aux sourds. En réjouissance du bienfait opéré par ce grand mystère, les montagnes et les collines bondissent, et les éléments du monde, avec une joie ineffable, exécutent en ce jour une mélodie sublime. Nous aussi, d’une humble prière, nous implorons la clémence du miséricordieux Rédempteur ; enveloppés des ténèbres de nos péchés, nous le prions de nous purifier par cette acclamation de nos cœurs, afin que, sa présence se manifestant dans nos âmes, l’éclat de sa gloire s’accroisse de plus en plus en nous, avec la félicité qu’elle apporte, et que les joies du salut deviennent pour nous pleines de douceur, à jamais.

Terminons notre excursion pieuse dans les antiques Liturgies, par cette Antienne de l’Église d’Irlande , au septième siècle, que nous empruntons à l’Antiphonaire de Benchor, publié par Muratori. Elle célèbre aussi le triomphe de la lumière du Soleil, image du Christ naissant.

C’est aujourd’hui que la nuit commence à perdre son empire ; le jour croit, les ténèbres sont diminuées, la splendeur augmente, et les pertes que fait la nuit profitent au développement de la lumière.

Il en est temps, chrétiens ; montons à la maison de Dieu, et préparons-nous à célébrer le troisième Sacrifice. L’Église y prélude par le chant de l’Office de Tierce.

Dom Guéranger, L’année liturgique, le Saint Jour de Noel, La messe de l’Aurore

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