Les fidèles doivent savoir que, dans les premiers siècles de l’Église, on ne célébrait pas de fête solennelle sans s’y préparer par une Veille laborieuse, durant laquelle le peuple chrétien, renonçant au sommeil, remplissait l’église, et suivait avec ferveur la psalmodie et les lectures dont l’ensemble formait dès lors ce que nous appelons aujourd’hui l’Office des Matines. La nuit était divisée en trois parties, désignées sous le nom de Nocturnes ; et au point du jour, on reprenait les chants avec plus de solennité encore dans l’Office des Louanges qui a retenu le nom de Laudes. Ce divin service, qui remplissait la meilleure partie de la nuit, se célèbre encore chaque jour, quoique à des heures moins pénibles, dans les Chapitres et les Monastères, et il est récité dans le particulier par tous les clercs astreints à l’Office divin, dont il forme la portion la plus considérable. Le relâchement des habitudes liturgiques a peu à peu désaccoutumé les peuples de prendre part à la célébration des Matines ; et dans la plupart des églises paroissiales de France, on a fini par ne les plus chanter que quatre fois par an : savoir, les trois derniers jours de la Semaine Sainte ; encore sont-elles anticipées à la veille dans l’après-midi, sous le nom de Ténèbres ; et enfin, le jour de Noël, ou du moins on les solennise à peu près à la même heure qu’on le faisait dans l’antiquité.

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L’Office de la nuit de Noël a toujours été célèbre entre tous ceux de l’année, et solennise avec une dévotion spéciale : d’abord à raison de l’heure à laquelle la très sainte Vierge enfanta le Sauveur, et qu’il convient d’attendre dans les prières et les vœux les plus ardents ; ensuite, parce que l’Église ne se contente pas de célébrer en cette nuit l’Office des Matines à l’ordinaire, mais elle y joint, par une exception unique, et pour mieux honorer la divine Naissance, l’offrande du saint Sacrifice de la Messe à l’heure même de qui est celle où Marie donna son auguste fruit à la terre. Aussi voyons-nous que dans beaucoup de lieux, dans les Gaules principalement, selon le témoignage de saint Césaire d’Arles, les fidèles passaient la nuit entière à l’Église.

A Rome, durant plusieurs siècles, au moins du septième au onzième, il y avait deux Matines dans la nuit de Noël. Les premières se chantaient dans la Basilique de Sainte-Marie-Majeure ; on les commençait aussitôt après le soleil couché ; il n’y avait pas d’Invitatoire, et ce premier Office de la nuit était suivi de la première Messe de Noël que le Pape célébrait à Aussitôt après, il se rendait avec le peuple à l’Église de Sainte-Anastasie, où il célébrait la Messe de l’Aurore. Le pieux cortège se transportait ensuite, et toujours avec le Pontife, à la Basilique de Saint-Pierre, où commençaient tout aussitôt les secondes Matines. Elles avaient un Invitatoire, et étaient suivies des Laudes ; lesquelles étant chantées, ainsi que les Offices suivants, aux heures convenables, le Pape célébrait la troisième et dernière Messe, à l’heure de Tierce. Amalaire et l’ancien liturgiste du XII° siècle qu’on a publié sous le nom d’Alcuin nous ont conservé ces détails, qui sont d’ailleurs rendus sensibles par le texte même des anciens Antiphonaires de l’Église Romaine qui ont été publiés par le Bienheureux Joseph-Marie Tommasi et par Gallicioli.

La foi était vive dans ces temps ; le sentiment de la prière étant le lien le plus puissant pour les peuples nourris sans cesse des mystères divins, les heures passaient vite pour eux dans la maison de Dieu. On comprenait alors les prières de l’Église ; les cérémonies de la Liturgie, qui en sont l’indispensable complément, n’étaient point comme aujourd’hui un spectacle muet, ou tout au plus empreint d’une vague poésie : les masses croyaient et sentaient comme les individus. Qui nous rendra cette compréhension des choses surnaturelles, sans laquelle tant de gens aujourd’hui encore se flattent d’être chrétiens et catholiques ?

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    Mais pourtant, grâces à Dieu, cette foi pratique n’est pas encore tout à fait éteinte chez nous ; espérons même qu’elle reprendra un jour son ancienne vie. Que de fois nous nous sommes plu à en rechercher et à en contempler les traces au sein de ces familles patriarcales, encore nombreuses aujourd’hui dans nos petites villes et nos campagnes des provinces éloignées de la capitale de la France ! C’est là que nous avons vu, et nul souvenir d’enfance ne nous est plus cher, toute une famille, après la frugale et sévère collation du soir, se ranger autour d’un vaste foyer, n’attendant que le signal pour se lever comme un seul homme, et se rendre à la Messe de Les mets qui devaient être servis au retour, et dont la recherche simple, mais succulente, devait ajouter à la joie d’une si sainte nuit, étaient là préparés d’avance ; et au centre du foyer, un vigoureux tronc d’arbre, décoré du nom de bûche de Noël, ardait vivement, et dispensait une puissante chaleur dans toute la salle. Sa destinée était de se consumer lentement durant les longues heures de l’Office, afin d’offrir au retour un brasier salutaire pour réchauffer les membres des vieillards et des enfants engourdis par la froidure.

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Cependant on s’entretenait avec une vive allégresse du mystère de la grande nuit ; on compatissait à Marie et à son doux Enfant exposés dans une étable abandonnée à toutes les rigueurs de l’hiver ; puis bientôt, on entonnait quelqu’un de ces beaux Noëls, au chant desquels on avait passé déjà de si touchantes veillées dans tout le cours de l’Avent. Les voix et les cœurs étaient d’accord, en exécutant ces mélodies champêtres composées dans des jours meilleurs. Ces naïfs cantiques redisaient la visite de l’Ange Gabriel à Marie, et l’annonce d’une maternité divine faite à la noble pucelle ; les fatigues de Marie et de Joseph parcourant les rues de Bethléem, alors qu’ils cherchaient en vain un gîte dans les hôtelleries de cette ville ingrate ; l’enfantement miraculeux de la Reine du ciel ; les charmes du Nouveau-Né dans son humble berceau ; l’arrivée des bergers, avec leurs présents rustiques, leur musique un peu rude, et la foi simple de leurs cœurs. On s’animait en passant d’un Noël à l’autre ; tous soucis de la vie étaient suspendus, toute douleur était charmée, toute âme épanouie ; mais soudain la voix des cloches retentissant dans la nuit venait mettre fin à de si bruyants et si aimables concerts. On se mettait en marche vers l’Église ; heureux alors les enfants que leur âge un peu moins tendre permettaient d’associer pour la première fois aux ineffables joies de cette nuit solennelle, dont les saintes et fortes impressions devaient durer toute la vie !

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Mais où nous entraîne le charme de ces souvenirs trop personnels et d’une nature inconnue peut-être à la plupart de nos lecteurs ? Toutefois, s’il ne nous est pas possible de faire revivre ces chères et touchantes habitudes qui confondaient les saintes émotions de la religion avec les plus intimes jouissances de la famille, nous nous efforcerons de suggérer à ceux qui veulent bien nous lire, afin de remplir utilement les dernier instants qui précèdent le départ pour la maison de Dieu, quelques considérations à l’aide desquelles ils pourront entrer plus avant encore dans l’esprit de l’Église, fixant leur cœur et leur imagination sur des objets réels et consacrés par les mystères de cette auguste nuit.

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    Or donc, il est trois lieux dans le monde que notre pensée doit rechercher principalement à cette heure. Bethléem est le premier de ces trois lieux, et dans Bethléem, c’est la grotte de la Nativité qui nous réclame. Approchons-nous avec un saint respect, et contemplons l’humble asile que le Fils de l’Éternel descendu du ciel a choisi pour sa première résidence. Cette étable, creusée dans le roc, est située hors la ville ; elle a environ quarante pieds de longueur sur douze de largeur. Le bœuf et l’âne annoncés par le prophète sont là près de la crèche, muets témoins du divin mystère que la demeure de l’homme a refusé d’abriter.

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Joseph et Marie sont descendus dans cette humble retraite ; le silence et la nuit les environnent ; mais leur cœur s’épanche en louanges et en adorations envers le Dieu qui daigne réparer si complètement l’orgueil de l’homme. La très pure Marie dispose les langes qui doivent envelopper les membres du céleste Enfant, et attend avec une ineffable patience l’instant où ses yeux verront enfin le fruit béni de ses chastes entrailles, où elle pourra le couvrir de ses baisers et de ses caresses, l’allaiter de son lait virginal.

Cependant, le divin Sauveur, près de franchir la barrière du sein maternel, et de faire son entrée visible en ce monde de péché, s’incline devant son Père céleste, et, suivant la révélation du Psalmiste expliquée par le grand Apôtre dans l’Épître aux Hébreux, il dit : « O mon Père ! vous ne voulez plus des hosties grossières que l’on vous offre selon la Loi ; ces oblations vaines n’ont point apaisé votre justice ; mais vous m’avez donné un corps ; me voici, je viens m’offrir ; je viens accomplir votre volonté. » (Hebr. X, 7.)

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Tout ceci se passait vers l’heure où nous sommes, dans l’étable de Bethléem, et les Anges du Seigneur étaient ravis d’admiration pour une si grande miséricorde d’un Dieu envers des créatures révoltées, en même temps qu’ils considéraient avec délices les nobles et gracieux attraits de la Vierge sans tache, attendant, eux aussi, l’instant où la Rose mystique allait s’épanouir enfin et répandre son divin parfum.

    Heureuse grotte de Bethléem qui fut témoin de semblables merveilles ! qui de nous, à cette heure, n’y enverrait pas son cœur ? Qui de nous ne la préférerait aux plus somptueux palais des rois ? Dès les premiers jours du christianisme, la vénération des fidèles l’environna des plus tendres hommages, jusqu’à ce que la grande sainte Hélène, suscitée de Dieu pour reconnaître et honorer sur la terre les traces du passage de l’Homme-Dieu, fit bâtir à Bethléem la magnifique Basilique qui devait garder dans son enceinte ce trophée de l’amour d’un Dieu pour sa créature.

    Transportons-nous par la pensée dans cette Église encore subsistante ; voyons-y, au milieu des infidèles et des hérétiques, les religieux qui desservent ce sanctuaire, s’apprêtant aussi à chanter, dans notre langue latine, les mêmes cantiques que bientôt nous allons entendre. Ces religieux sont des enfants de saint, des héros de la pauvreté, des disciples de l’Enfant de Bethléem ; et c’est parce qu’ils sont petits et faibles, que, depuis plus de cinq siècles, ils soutiennent seuls les combats du Seigneur, en ces lieux sacrés de la Terre-Sainte que l’épée des Croisés s’était lassée de défendre. Prions en union avec eux, cette nuit ; et baisons avec eux la terre à cet endroit de la grotte où on lit en lettres d’or ces paroles : HIC DE VIRGINE MARIA JESUS CHRISTUS NATUS EST.

Toutefois, c’est en vain que nous demanderions aujourd’hui à Bethléem l’heureuse Crèche qui reçut l’Enfant divin. Depuis douze siècles, elle a fui ces contrées frappées de malédiction ; elle est venue chercher un asile au centre de la catholicité, à Rome, l’Épouse favorisée du Rédempteur.

    Rome est donc le second lieu du monde que notre cœur doit rechercher en cette nuit fortunée. Mais dans la ville sainte, il est un sanctuaire qui réclame en ce moment toute notre vénération et tout notre amour. C’est la Basilique de la Crèche, la splendide et radieuse Église de Sainte-Marie-Majeure. Reine de toutes les nombreuses Églises que la dévotion romaine a dédiées à la Mère de Dieu, elle s’élève avec magnificence sur l’Esquilin, toute resplendissante de marbre et d’or, mais surtout heureuse de posséder en son sein, avec le portrait de la Vierge Mère peint par saint Luc, l’humble et glorieuse Crèche que les impénétrables décrets du Seigneur ont enlevée à Bethléem pour la confier à sa garde. Un peuple immense se presse dans la Basilique, attendant l’heureux instant où ce touchant monument de l’amour et des abaissements d’un Dieu apparaîtra porté sur les épaules des ministres sacrés, comme une arche de nouvelle alliance, dont la vue tant désirée rassure le pécheur et fait palpiter le cœur du juste. Dieu a donc voulu que Rome, qui devait être la nouvelle Jérusalem, fût aussi la Bethléem nouvelle, et que les enfants de son Église trouvassent dans ce centre immuable de leur foi l’aliment multiple et inépuisable de leur amour.

Mais la Basilique de la Crèche n’est pas le seul sanctuaire de Rome qui nous réclame cette nuit. Un mystère profond et imposant s’accomplit à l’heure même où nous sommes, près du sépulcre du Prince des Apôtres, dans l’auguste palais du Vatican. Si l’âge et les forces du Souverain Pontife lui permettent de se rendre cette nuit à Sainte-Marie-Majeure, la cérémonie dont nous allons parler a lieu dans la vaste sacristie de la Basilique.

    L’Enfant divin qui va naître est le Dieu fort, le Prince de la Paix ; il porte la marque de la royauté sur son épaule, comme nous le chanterons demain avec l’Église. Pour honorer cette puissance de l’Emmanuel, déjà, ainsi que nous l’avons vu, le Seigneur des armées a amené aux pieds de la Crèche les deux grands chefs de la nation franque, Clovis et Charlemagne ; et voici que le Pontife suprême, le Vicaire de l’Emmanuel, bénit en son nom, dans cette nuit même, une épée et un casque destinés à quelque guerrier catholique dont le bras victorieux a bien mérité de la république chrétienne. Cette épée, dit le grand Cardinal Polus expliquant ce rite dans une lettre célèbre adressée à Philippe II et à la reine Marie, son épouse, est remise à un prince que le Vicaire du Christ veut honorer, au nom du Christ lui-même qui est Roi ; car l’Ange dit à Marie : Dieu lui donnera le trône de David son père. C’est de lui seul que vient la puissance du glaive ; car Dieu dit à Cyrus : Je t’ai ceint de l’épée ; et le Psalmiste dit au Christ : Ceignez-vous du glaive, ô prince très vaillant ! Mais le glaive ne doit se tirer que pour la justice ; et c’est pour cela qu’on le bénit en cette nuit, au milieu de laquelle se lève le divin Soleil de justice. Sur le casque, ornement et protection de la tête, est représentée par un travail de perles l’image de l’Esprit Saint, afin que le prince connaisse que ce n’est point d’après le mouvement de ses passions, ni pour son ambition, qu’il doit faire usage du glaive, mais uniquement dans la sagesse du divin Esprit et pour étendre le royaume du Christ sur la terre.

Ineffable mélange d’idées et de sentiments forts et tendres, dont on ne retrouve l’expression et en même temps l’harmonie que dans cette Rome chrétienne qui est notre Mère, et qui seule a reçu avec plénitude la lumière et l’amour ! Cette cérémonie s’est conservée jusqu’aujourd’hui ; et ce serait une liste glorieuse que celle des grands capitaines de la chrétienté que le Pontife romain, depuis déjà de longs siècles, a armés ainsi Chevaliers de l’Église et des nations, dans cette nuit où le Messie descend pour soumettre notre ennemi. En nous inclinant avec amour devant son berceau, rendons aussi gloire à sa royauté ; prions-le d’humilier tous les ennemis de son Église, et de terrasser ceux de notre salut et de notre perfection.

    Il est temps maintenant de visiter le troisième des sanctuaires où se doit accomplir durant cette nuit le mystère de la naissance du divin Fils de Marie. Or, ce troisième sanctuaire est tout près de nous ; il est en nous : c’est notre cœur. Notre cœur est la Bethléem que Jésus veut visiter, dans laquelle il veut naître, pour s’y établir et y croître jusqu’à l’homme parfait, comme parle l’Apôtre (Ephes. IV, 13). S’il visite l’étable de la Cité de David, ce n’est que pour parvenir plus sûrement à notre cœur qu’il a aimé d’un amour éternel, jusqu’à descendre du ciel pour le venir habiter. Le sein virginal de Marie ne l’a conservé que neuf mois ; il veut éternellement résider dans notre cœur.

 

    O cœur du Chrétien, Bethléem vivante, prépare-toi, et sois dans l’allégresse ! Déjà, tu t’es disposé par l’aveu de tes fautes, par la contrition de tes offenses, par la pénitence de tes méfaits, à cette union que le divin Enfant désire contracter avec toi. Maintenant, sois attentif ; il va venir au milieu de la nuit. Qu’il te trouve donc prêt, comme il trouva l’étable et la crèche et les langes. Tu ne peux lui offrir les pures et maternelles caresses de Marie, les tendres soins de Joseph : présente-lui les adorations et l’amour simple des bergers. Semblable à la Bethléem des temps actuels, tu habites au milieu des infidèles, de ceux qui ignorent le divin mystère d’amour : que tes vœux soient secrets et sincères comme ceux qui monteront cette nuit, vers le ciel, du fond de la glorieuse et sainte grotte qui réunit autour des fils de saint les rares fidèles que la céleste miséricorde trouve à glaner encore au sein d’une contrée abrutie par plus de mille ans de servitude. Dans la pompe de cette sainte nuit, deviens semblable à la radieuse Basilique qui garde dans Rome le dépôt de la sainte Crèche et le doux portrait de la Vierge Mère. Que tes affections soient pures comme le marbre blanc de ses colonnes ; ta charité resplendissante comme l’or qui brille à ses lambris ; tes œuvres lumineuses comme les mille cierges qui, dans son heureuse enceinte, illuminent la nuit de toutes les splendeurs du jour. Enfin, ô soldat du Christ ! apprends qu’il faut combattre pour mériter d’approcher de l’Enfant divin ; combattre pour conserver en soi sa présence pleine d’amour ; combattre pour arriver à l’heureuse consommation qui te fera tout un avec lui dans l’éternité. Conserve donc chèrement ces impressions ; qu’elles te nourrissent, te consolent et te sanctifient, jusqu’au moment où l’Emmanuel va descendre en toi. O Bethléem vivante ! répète sans cesse cette douce parole de l’Épouse : Venez, Seigneur Jésus ! venez.

    Oui, le voici qui vient, et il est temps d’aller à lui. Levons-nous et nous acheminons vers le saint temple. Avançons-nous à travers la nuit ; le silence est interrompu par le résonnement des cloches, dont la mélodie est si solennelle à cette heure inaccoutumée. Leur son un peu voilé, moins éclatant qu’il ne l’est pendant le jour, annonce l’approche mystérieuse d’un Dieu. C’est dans un berceau, sous les traits de l’enfance, et non à travers l’épaisse fumée d’un nuage terrible comme au Sinaï, qu’il se manifeste. On n’entend pas de foudres mugir ; les éclairs ne sillonnent pas les nuages ; la lune, symbole de la suave beauté que Marie emprunte au divin Soleil, répand au loin sa mystérieuse clarté sur notre route. L’armée des astres scintille au firmament ; et tout à l’heure se lèvera l’Étoile qui doit conduire, d’ici à peu de jours, les Mages à la Crèche de l’Enfant-Dieu.

Nous touchons enfin le seuil de l’Église. La lumière des lampes et des flambeaux qui l’éclairent déborde jusque sous le portique. A la vue de ces feux qui rendent plus splendide encore la décoration de la maison de Dieu, nous nous rappelons le mot de Clovis entrant le même jour, à cette même heure, dans la Basilique de Reims où il devait être régénéré : « Mon Père, s’écria le « Sicambre ébloui, et agité d’une émotion « inconnue, est-ce là le royaume que vous m’avez « promis ? » — « Non, mon Fils, répondit l’apôtre des Francs, ce n’est que l’entrée du chemin qui doit t’y conduire. »

Dom Guéranger, L’année liturgique : Temps de Noël I – Le Saint jour de Noël

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