La fête des saintes Reliques se célébrant en beaucoup de lieux au Dimanche dans l’Octave de la Toussaint, nous donnons la Messe et les Vêpres qui lui sont communément consacrées. Mais les formules liturgiques ne varient guère moins ici que la date même de la fête.

L’Introït est emprunté au Psaume XXXIII. Il chante la sollicitude de Dieu pour les siens dans la mort comme dans la vie. Quel qu’ait été le sort des justes sous l’épreuve ou la persécution, leurs ossements se retrouveront tous à l’appel du Fils de l’homme au dernier jour [2].

Les miracles qu’opèrent ces ossements desséchés nous révèlent en effet, dit saint Augustin, qu’ils ne sont pas vraiment morts [3]. Ils doivent augmenter notre foi dans la résurrection future, et nous faire demander comme l’Église, en la Collecte, de partager nous-mêmes au temps voulu la gloire dont cette vertu qui resplendit en eux déjà est le gage assuré.

ÉPÎTRE.

Les saintes Reliques formaient pour nos aïeux la première richesse, le trésor par excellence des cités. On eût dit que rosée du ciel et graisse de la terre [4], bénédictions de ce monde comme de l’autre, émanaient des corps saints. Leur présence imposait le respect aux armées ennemies, non moins qu’aux légions d’enfer ; elle gardait les mœurs, entretenait la foi, excitait la prière au sein des villes devenues par elles le centre envié vers lequel se portaient les foules, qu’attirent aujourd’hui moins sainement nos villes de plaisirs. De quelle vigilance on entourait l’auguste dépôt !

Tous les malheurs publics n’eussent pas égalé celui de sa perte.

Pourtant « ici, mes Frères, dit le Cardinal Pie, j’ai à vous dévoiler un plan merveilleux du Dieu que l’Écriture appelle admirable dans ses Saints [5]. Le Seigneur Jésus, qui a dit à ses disciples : « Allez et enseignez » : Euntes ergo, docete [6], se plaît souvent à les mettre encore en mouvement après leur mort, et il se sert de leur apostolat d’outre-tombe pour porter le bienfait de la grâce à d’autres peuples qu’à ceux qu’ils ont évangélisés de leur vivant. « Je vous ai établis, leur a-t-il dit, « afin que vous alliez et que vous portiez des fruits » : Posui vos ut eatis, et fructum afferatis [7]. Conformément à ce mot d’ordre, les Saints, même après qu’ils sont arrivés au terme bienheureux de leur pèlerinage mortel, se résignent encore à redevenir voyageurs. Si j’avais le loisir de vous raconter les pérégrinations posthumes de nos illustres pontifes et thaumaturges, par exemple, les courses réitérées, les allées et les venues, les marches et les contre-marches de notre Hilaire et de notre Martin durant plus de dix siècles, et les fruits incroyables de ces étranges déplacements, tout en captivant votre attention par des récits pleins d’intérêt, je risquerais de vous fatiguer par ma longueur [8]. »

Le Graduel et son Verset, tirés des Psaumes, exaltent la gloire future dont celle qui entoure les bienheureux sur leurs couches d’honneur ici-bas n’est qu’une faible image.

ÉVANGILE.

En vérité, en vérité je vous le dis : celui qui croit en moi fera lui-même les œuvres que je « fais, et il en fera de plus grandes [9]. » Cette parole de l’Homme-Dieu s’appliquait aux Saints, aux disciples de Jésus qui croiraient en lui jusqu’à mettre pour lui leur béatitude de ce monde dans la pauvreté, la faim, les pleurs et la persécution. On devait la voir s’accomplir au temps de leur vie mortelle ; elle se justifierait toujours, et souvent plus, dans la puissance que garderait leur dépouille inanimée pourchasser les démons, guérir tout mal, obtenir toute grâce ; ce n’était pas de l’étroite province de Judée, mais des rivages du monde entier que s’ébranleraient les foules, pour venir écouter les Saints dans l’éloquent silence de leurs tombes, pour éprouver la vertu qui sortirait d’eux.

Aussi, nous dit Paulin de Noie en de poétiques développements, « Dieu secourable ménagea la distribution des Saints parmi les nations, de telle sorte que leur aide ne pût manquer aux infirmes mortels [10]. S’il donna les principales cités pour séjour aux plus grands [11], la grâce dont ils sont doués pour nous ne vit point là seulement où gît leur corps en son intégrité : où que subsiste une parcelle de ce corps, leur main s’y trouve et sa puissance, Dieu témoignant en cette manière de leur crédit au ciel [12]. Du pieux dépôt s’envolent, semences de vie, les cendres sacrées ; une goutte minime fuit de la source : source elle-même pour la grâce et l’amour, elle produit des fleuves [13]. »

Célébrons donc le Seigneur en ses Saints ; car c’est de lui que leur vient toute vertu, comme dit l’Offertoire.

« Qui jamais adora les Martyrs ? qui prit un homme pour Dieu ? » disait saint Jérôme, en sa défense des honneurs rendus aux ossements sacrés [14]. Et en effet, dans la Secrète, l’Église professe que de même que le culte de ces cendres vénérées remonte d’elles jusqu’aux Saints eux-mêmes, ainsi la puissance des Saints n’est qu’une puissance d intercession auprès du Père de l’auguste Victime dont nous vient tout salut.

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang, a dit l’Homme-Dieu, je le ressusciterai au dernier jour [15]. » La Communion, qui dépose le germe de l’immortalité glorieuse en nos corps, justifie l’objet de cette fête et en explique la joie.

Quelle conclusion formuler dans notre prière en ce jour, sinon le vœu de vivre éternellement avec les bienheureux qui nous ont réjouis par la présence de leurs Reliques saintes ? C’est ce que fait l’Église en la Postcommunion.

Dom Guéranger, l’année liturgique.

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