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La première « fête » de la « saint » Jean-Paul II déclenche ces jours-ci une série d’articles chez les médiats conservateurs et traditionalistes, les uns tentant de défendre de façon absurde la sainteté (et donc la papauté) de l’intéressé tout en critiquant les faits « regrettables » de son « règne », les autres, tentant de démontrer que sa canonisation est invalide, ce qui est évident, mais tout en demeurant dans un stupéfiant illogisme, car, si ces traditionalistes nient que Jean-Paul II soit un saint ou même bienheureux, comme l’abbé tradi-moderne Patrick de la Rocque ou comme les rédacteurs du média de Civitas « MPI », alors ils n’ont pas d’autre choix que de conclure que l’autorité qui a déclaré Jean-Paul II un saint n’est pas l’Eglise catholique, en vertu des . En revanche, si ils nient la canonisation de Jean-Paul II, tout en soutenant que l’autorité qui a donné ce jugement est bien l’Eglise catholique, alors ils se trouvent doublement schismatiques, d’une part de l’église apparente du novus ordo, d’autre part, de l’Eglise catholique, car il est un enseignement infaillible des papes qu’un pape ne peut nullement errer en matière de canonisation :

 « Quiconque oserait prétendre que le Pape s’est trompé dans telle ou telle canonisation, ou que tel ou tel saint canonisé par le Pape ne doit pas être vénéré par un culte de dulie, celui-là, disons-nous, s’il n’est hérétique, [comme le pense notre auteur le Pape Benoît XIV] doit être considéré [comme l’admettent même ceux qui enseignent qu’il n’est pas de foi que le Pape soit infaillible dans la canonisation des Saints ou qu’il n’est pas de foi que tel ou tel autre canonisé est un Saint] comme un téméraire qui scandalise toute l’Eglise, outrage les Saints, favorise les hérétiques qui nient l’autorité de l’Eglise dans la canonisation des Saints, sent une odeur d’hérésie en ce qu’il donne aux incrédules occasion de se moquer des fidèles, soutient une proposition erronée et mérite les plus graves censures. » – Benoit XIV, De servorum Dei beatificatione et beatorum canonization, Livre I, chapitre 45, n° 28.

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Cela est confirmé par les plus éminents docteurs de l’Eglise, notamment ceux du grand siècle, qui avaient déjà prévu pour nous à leur époque, les épreuves de l’hérésie moderniste, par la divine province, que l’Eternel Soit béni. En effet, résume à ce sujet Saint Alphonse de Ligori, docteur de l’Eglise :

« Supposer que l’Eglise puisse errer en canonisant, est un péché, ou une hérésie, d’après Sts. Bonaventure, Bellarmin, et d’autres ; ou au moins une chose proche de l’hérésie, d’après Suarez, Azorius, Gotti, etc. ; parce que le Souverain Pontife, d’après St. Thomas, est guidé par l’influence infaillible du Saint-Esprit d’une façon spéciale lors de la canonisation des saints. » in Les Grands Moyens du Salut et de la Perfection, 1759, p. 23.

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Les catholiques semper idem, demeurés fidèles à l’orthodoxie, savent que Jean-Paul II n’est pas un saint, puisqu’en premier lieu, il a été un antipape, ayant enseigné sur la foi et la morale, en prétendant être pape, des hérésies notoires, libérales et anthropocentristes, il fut l’un des plus ardents agents de l’œcuménisme délirant de l’église « novus ordo ». Son hérésie publique la plus fameuse est assurément celles des Journées d’Assises, où il contrevint au premier commandement du Décalogue et à combien d’autres commandements bibliques, ceci à tel point que certains protestants conservateurs présents à Assises en furent choqués. Ainsi du Pasteur Bayerhaus : « Dans une telle communion de prière inter-religieuse, nous voyons une infraction au premier commandement et à la profession de foi apostolique, qui peut conduire en outre à effacer les frontières entre la vraie et la fausse foi, et par là frayer le chemin à une prochaine communion mondiale syncrétique de toutes les religions. [1]» Et en effet, qu’aurait dit Saint Paul ? La chose suivante, dans II Corinthiens, IV, 14-16 : « Ne faites pas avec les infidèles d’assemblage disparate sous un même joug. Quel rapport peut-il en effet y avoir entre la justice et l’iniquité ? Qu’y a t’il de commun entre la lumière et les ténèbres ? Quel accord y-a-t-il entre le Christ et Bélial ? Quelle part le croyant peut-il avoir avec l’incroyant ? Comment concilier le temple de Dieu avec les idoles ? » ou encore dans I Corinthiens, X, 20-22 : « je dis que ce que les païens offrent en sacrifice, ils l’immolent à des démons et non à Dieu; or je ne veux pas que vous soyez en communion avec les démons. Vous ne pouvez boire à la fois au calice du Seigneur et au calice des démons; vous ne pouvez prendre part à la table du Seigneur et à la table des démons. Voulons-nous provoquer la jalousie du Seigneur? Sommes-nous plus forts que lui? »

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Les événements diaboliques d’Assises constituent souvent l’argument quelque peu obsessionnel que reprennent le plus souvent les tradis et autres lefèbvristes qui veulent à tout prix faire entendre raison aux conciliaires conservateurs et choquer les conciliaires les plus progressistes. On ne peut pas leur reproche en soi, mais dans l’absolu, en raison de l’incohérence théologique de leurs démonstrations, ils n’obtiennent au-delà de leurs propres ouailles, aucun autre résultat que la consternation, puisque leur exposé est en effet illogique, incomplet, caduque. Un illogisme irréductible, que la plupart des théologiens et apologistes de l’orthodoxie actuelle n’ont pas peur d’identifier comme un symptôme d’orgueil typiquement anthropologique. En effet, on lit sur MPI que « les catholiques honorent de tels « saints », ils continueront de creuser la tombe de leur civilisation. Nous n’honorons pas Jean-Paul II et nous lui refusons ce titre de saint.[2] » Alors, pourquoi reconnaissez-vous l’autorité qui l’a déclaré saint comme l’Eglise catholique ? Pourquoi passez-vous votre temps à juger et insulter devant tous celui que vous considérez comme pape ? Les responsabilités de ces médiats, des clercs et des intellectuels proches de cette mouvance sont graves, car leur audiences est bien souvent constituée d’opinions réactionnaires, parfois même populistes (mais suffisamment intelligents pour comprendre que la voie est la foi catholique), lesquels, en l’absence d’une explication théologique cohérente à la présente situation, s’imaginent que ces papes du Novus Ordo sont vraiment des papes de l’Eglise catholique et finissent par rejeter avec violence, dégoût ou mépris l’Eglise catholique, et finissent par adopter l’attitude des néo-païens identitaires ou des panthéistes néo-droitiers, qui considèrent le christianisme comme la source de l’affaiblissement et de la décadence de l’Europe, car l’obsession de ses ouailles est moins la conversion du plus grand nombre à la sainte doctrine de l’Eglise de Notre Seigneur Jésus Christ, que l’obsession migratoire et des provocations humanistes de l’église novus ordo sur ce sujet.

D’ailleurs, le manque de cohérence, et à vrai dire l’orgueil pur des traditionnalistes, surtout des plus mondains et de ceux attachés aux idéologies et aux idoles politiques, n’échappent aucunement aux conciliaires de type conservateurs, qui sous entièrement soumis à Vatican II et à leurs « papes », mais qui ont quelques fondamentaux en théologie et qui ainsi, ont beau jeu et bien raison de rétorquer aux « intégristes » qu’ils se placent dans une position schismatique en affirmant que Jean Paul II n’est pas un saint, tout en reconnaissant l’autorité qui a déclaré cette personne sainte et tout en se rebellant par ailleurs sur tout à propos de cette même autorité (Paul VI, Jean-Paul II, Benoit XVI, François…), mais tout en la reconnaissant comme l’autorité.

Voyons la chose. Car, il est pourtant possible de comprendre la situation en quelques propositions logiques simples, sans jamais engager notre propre opinion, car le canon 1880 des lois de l’Eglise stipulent en effet qu’il est interdit de juger le Souverain Pontife. Aussi, jamais nous ne donnons notre jugement, mais citons toujours les Saintes Ecritures, le Magistère de l’Eglise et les pères et docteurs de l’Eglise, toujours selon cette hiérarchie.

1ere proposition : Jean-Paul II est-il saint ?

Jean-Paul II a déclaré publiquement de très nombreuses hérésies qu’il serait trop long de résumer ici. Citons seulement quelques-unes qui remontent aux premières années de sa soi-disant élection :

« L’Eglise Catholique accepte la vérité et la bonté qui se trouvent dans ces religions, et elle y voit des reflets de la vérité du Christ »[3], « La collaboration entre toutes les religions est nécessaire à la cause de l’humanité »[4] ou encore « L’Esprit Saint est aussi mystérieusement présent dans les religions et cultures non chrétiennes »[5].

Or, bien sûr, non seulement cela contrevient aux Saintes Ecritures. Jean 6-44, Jean 14-6 et bien d’autres saints versets, mais aussi, il s’agit plus récemment de la 16ème proposition condamnée par le Syllabus de Pie IX : « Les hommes peuvent trouver le chemin du salut éternel et obtenir ce salut éternel, dans le culte de n’importe quelle religion. » ou encore Léon XIII : « Rien ne saurait être plus dangereux que ces hérétiques qui, conservant en tout le reste l’intégrité de la doctrine, par un seul mot, comme par une goutte de venin, corrompent la pureté et la simplicité de la foi que nous avons reçue de la tradition dominicale, puis apostolique[6] ». Longtemps avant eux, un père de l’Eglise, Saint Irénée [béni Soit l’Eternel pour avoir gratifié notre terre d’un si grand saint], nous mettait déjà en garde : « Aussi faudra-t-il que toi-même, ainsi que tous ceux qui lisent cet écrit [gnostiques au nom menteur] et ont le souci de leur salut, vous n’alliez pas, dès que vous entendez le son extérieur de leurs paroles, vous courber spontanément sous leur loi. Car tout en tenant aux fidèles le même langage que nous, ainsi que nous l’avons déjà dit, ils ont des pensées non seulement différentes, mais à l’opposé des nôtres et toutes remplies de blasphèmes, et ils tuent par-là ceux qui, sous la ressemblance des mots, attirent en eux le poison fort dissemblable de leur sentiment intérieur. C’est comme si quelqu’un donnait du plâtre mêlé à de l’eau en guise de lait et trompait ainsi les gens par la ressemblance de la couleur. Comme le disait un homme supérieur à nous, à propos de tous ceux qui, d’une manière quelconque, corrompent les choses de Dieu et altèrent la vérité : « Il est mal de mêler le plâtre au lait de Dieu[7] ».

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Et bien sûr, le scandale fut surtout Assises, en 1986, où l’on vit des abominations inouïes. Le 27 octobre 1986, environ 130 responsables religieux appartenant à toutes les communautés chrétiennes et à toutes les grandes religions païennes se retrouvent : schismatiques orientaux, protestants, juifs, bouddhistes, hindouistes, shintoïstes, jaïnistes, animistes d’Afrique et d’Amérique… Dans l’église Saint-Pierre à Assise, le Dalaï-lama et ses disciples ont l’autorisation d’effectuer leur office et profanent le tabernacle en installant dessus la statue de Bouddha. C’est à cette occasion que Mgr Lefebvre déclara que Jean-Paul II était « inspiré par le diable » et « au service de la maçonnerie. » De même, La Correspondance Européenne du théologien de référence des traditionalistes en France et en Italie, Robert de Mattei, publiait en 2011 un recueil de souvenirs d’Assises, tous aussi terrifiants les uns que les autres : « « Nous nous rappelons avec consternation les poulets décapités sur l’autel de Sainte-Claire selon des rituels tribaux, et le sanctuaire de l’église Saint-Pierre profané par une statue de Bouddha placée sur l’autel, au-dessus des reliques du martyr Vittorino… Nous nous rappelons les prêtres catholiques qui se sont prêtés à des rites d’initiation d’autres religions… »

Donc, en effet, il est clair qu’un vrai pape de l’Eglise catholique n’aurait jamais songé à faire de Jean-Paul II un saint. A-t-on fait de Jean XXIII, l’antipape du grand schisme d’Occident, un saint ? Et il est tout aussi clair que Mère Teresa ne pouvait pas non plus être sainte, en raison de ses nombreuses déclarations hérétiques, ses participations à des cultes bouddhistes et son refus d’enseigner la Foi à ses mourants, bien que le cardinal Burke, la star des conciliaires conservateurs et des tradis-FSSP, la tienne pour une vénérable et admirable personne[8].

2eme proposition : L’autorité qui a déclaré Jean-Paul II un saint s’est-elle trompée ?

C’est ce que semblent soutenir la plupart des traditionnalistes lefèbvristes. Notamment les rédacteurs du média MPI, lesquels ont publié un long article (voir introduction) qui démontre en effet que Jean-Paul II était un indéniable hérétique et qu’il ne pouvait logiquement pas être saint, et dans le même temps, ils admettent que l’autorité qui a déclaré Jean-Paul II saint est l’Eglise catholique (ils admettent aussi que Jean-Paul II était lui-même pape). Par conséquent, indépendamment du fait qu’ils affirment qu’un pape validement élu puisse être un hérétique (ce qui est une opinion hérétique condamnée infailliblement par l’Eglise), ils affirment donc que l’autorité qu’ils croient être l’Eglise catholique puisse avoir dévié, s’être trompée en matière de canonisation. C’est une grave hérésie.

Car l’enseignement de l’Eglise est celui-ci, que les papes ne peuvent aucunement errer en matière de canonisation, proposer des personnes douteuses à la vénération des fidèles et que ceux qui prétendraient une telle chose, comme ces traditionnalistes lefèbvristes, sont à maudire et à classer parmi ceux qui sont à la limite de l’hérésie. Voici ce que nous enseigne l’Eglise. Pape Benoit XIV, dans sa magistrale De servorum Dei beatificatione et beatorum canonization, Livre I, chapitre 45, n° 28 :

« Quiconque oserait prétendre que le Pape s’est trompé dans telle ou telle canonisation, ou que tel ou tel saint canonisé par le Pape ne doit pas être vénéré par un culte de dulie, celui-là, disons-nous, s’il n’est hérétique, [comme le pense notre auteur le Pape Benoît XIV] doit être considéré [comme l’admettent même ceux qui enseignent qu’il n’est pas de foi que le Pape soit infaillible dans la canonisation des Saints ou qu’il n’est pas de foi que tel ou tel autre canonisé est un Saint] comme un téméraire qui scandalise toute l’Eglise, outrage les Saints, favorise les hérétiques qui nient l’autorité de l’Eglise dans la canonisation des Saints, sent une odeur d’hérésie en ce qu’il donne aux incrédules occasion de se moquer des fidèles, soutient une proposition erronée et mérite les plus graves censures. »

C’est aussi l’avis des plus grands docteurs de l’Eglise et des sources théologiques les plus orthodoxes :

Enciclopedia Cattolica, rubrique Canonisation : « C’est cependant la doctrine commune des théologiens que le Pape est vraiment infaillible dans la canonisation, puisqu’il s’agit d’un acte très important relatif à la vie morale de l’Eglise universelle, en ce sens que le saint n’est pas seulement proposé à la vénération parce qu’il jouit de la gloire céleste mais aussi en tant que modèle des vertus et de la sainteté réelle de l’Eglise. Or il serait intolérable que, dans cette déclaration qui implique toute l’Eglise, le Pape ne soit pas infaillible. Cette doctrine ressort d’un grand nombre de bulles de canonisation, même du Moyen-Age, des déductions des canonistes, depuis le Moyen-Age, des théologiens depuis saint Thomas d’Aquin. Benoît XIV enseigne qu’il est certainement hérétique et téméraire de soutenir le contraire. »

« L’Eglise est infaillible dans la canonisation des Saints. […] La thèse se prouve : 1° Par la nature même de la canonisation. L’Eglise est infaillible dans tous ceux qui se rapportent à la Foi et aux Moeurs. Or la canonisation se rapporte à la Foi et aux Moeurs : à la Foi, « parce que l’honneur que nous rendons aux Saints est une certaine profession de foi par laquelle nous croyons en la gloire des Saints » (Saint Thomas, Quodl. 9. 6) ; aux Moeurs, car par la canonisation les Saints nous sont proposés comme des exemples de la vie parfaite.

Ergo. 2° Par la manière d’agir des Pontifes. Parfois, les Pontifes affirment cette infaillibilité dans les Bulles mêmes de canonisation (cf. Sixte IV, pour la canonisation de Saint Bonaventure), mais toujours, dans l’acte même de la canonisation, ils emploient les paroles solennelles : « De par l’autorité de Notre Seigneur Jésus-Christ, Nous décrétons, déclarons, définissons… », par l’usage desquelles ils imposent à chaque fois la vérité qui doit être fermement tenue par les fidèles (quotiescumque veritatem firmiter tenendam fidelibus imponunt). Or l’Eglise ne pourrait pas obliger de la sorte les fidèles à croire absolument les canonisés parmi les Saints, si Elle ne jugeait pas de cela infailliblement. Ergo.

3° En raison de la sentence quasi unanime des théologiens qui enseignent que l’on ne pourrait pas nier l’infaillibilité de l’Eglise dans la canonisation des Saints, ou sans hérésie, ou au moins sans témérité, scandale et impiété. » – Hervé, Manuel de Théologie Dogmatique 1927, p. 460s.

« Si l’Eglise n’est pas garantie de l’erreur, quand elle élève un de ses serviteurs au nombre des bienheureux, car alors elle ne porte pas une sentence définitive, elle l’est quand elle canonise un saint » – Nicolas Iung in Le magistère de l’Eglise, p. 175-176.

Malgré cela, le clergé traditionnaliste lefèbvriste veut s’en tenir à une position de « réserve » et de « doute » absolument hétérodoxe. Ainsi de Mgr Fellay, qui déclarait en 2009 : «  C’est vrai qu’il y a un problème sur la question des canonisations actuelles. Cependant on peut se demander s’il y a une véritable volonté d’engager l’infaillibilité dans les termes utilisés par le souverain pontife. On a changé ces termes pour la canonisation, ils sont devenus beaucoup moins forts qu’auparavant. Je pense que cela va de pair avec la mentalité nouvelle qui ne veut pas définir dogmatiquement en engageant l’infaillibilité. Cependant reconnaissons qu’on reste là sur des pistes… Il n’y a pas de réponse satisfaisante, si ce n’est celle de l’intention de l’autorité suprême d’engager ou non son infaillibilité. » (Entretien accordé par Mgr Bernard Fellay au District des Etats-Unis le 2 février 2011)

Ou encore, l’Abbé de Cacqueray : « On risque donc de se retrouver, avec les canonisations récentes, devant des interrogations graves: s’agit-il d’un saint au sens classique, ou s’agit-il d’un parangon des « nouvelles vertus » issues du Concile ? […]  Que faire dans une telle situation embrouillée et confuse ?  Rejeter tous les saints proclamés depuis le Concile? Ce serait sot et bien imprudent. Pourrait-on impunément mépriser Frédéric Ozanam, le père Brottier, le père Miguel Pro, le padre Pio, le pape Pie IX, le père Cormier, Mgr Moreno y Diaz, don Michele Rua, le cardinal Schuster, dom Marmion, par exemple? Accepter ces nouveaux saints en bloc ? Ce serait risquer d’avaler l’erreur au milieu de la vertu la plus héroïque. Sélectionner les saints qui nous plaisent, qui nous conviennent, en rejetant ceux que nous estimons indignes d’être saints? Ce serait nous substituer au Magistère, seul compétent. La Fraternité Saint-Pie X a choisi de ne pas choisir, et d’attendre les décisions d’un Magistère redevenu clair. » (Fideliter n° 182)

Or, Notre Seigneur Jésus-Christ nous a enseigné : « Que votre oui soit oui, que votre non soit non »  (Matthieu,  5 – 37).

Et l’Abbé Belmont avait résumé de façon claire et ferme les fondamentaux doctrinaux concernant ces questions, reprochant vertement, surtout aux « tradis » leurs incohérences :

« Comme on le voit aisément, il est nécessaire, si l’on récuse quelque canonisation accomplie par Jean-Paul II (ou Benoît XVI) ou bien si l’on en doute, il est nécessaire de nier qu’’ils puissent être de véritables Papes, qu’ils sont les dépositaires de l’autorité de Jésus-Christ sur toute l’’Église. Il est impossible de tergiverser, et cette cohérence importe au plus haut point à la foi catholique. Il faut en tous les cas cesser de « boiter des deux côtés » comme le reprochait le prophète Élie à Israël [III Reg. XVIII, 21] et de tordre la sainte doctrine au gré de la commodité ou du caprice. Cela ne peut venir de Dieu et fait beaucoup de tort à sa cause. [9]»

C’est encore l’avis du regretté R.P. Goupil, qui traita à fond cette question en parfaite orthodoxie : « Le Pontife romain est infaillible quand il édicte une sentence définitive, et qu’au nom de son autorité suprême il oblige les fidèles à tenir une chose pour vraie. Or tel est le cas de la sentence de canonisation : « Par l’autorité de N.-S. J.-C., des Bienheureux Apôtres Pierre et Paul, et la Nôtre, nous déclarons et définissons que N… est saint, nous l’inscrivons au catalogue des saints, et ordonnons que l’Église universelle honore sa mémoire d’un culte pieux… Que personne ne se permette de déchirer cette page de notre définition ; qu’il sache qu’il encourrait l’indignation du Dieu Tout-Puissant. » Une telle sentence est nécessairement infaillible, car il ne se peut que l’Église entière soit astreinte par son chef à honorer un damné ni un homme inexistant.[10] »

3e proposition : L’autorité qui a déclaré Jean-Paul II un saint, a-t-elle engagé son infaillibilité ?

Et si les excellentes citations, notamment celles de Benoit XIV, que nous venons de donner de devaient pas suffire à convaincre les traditionnalistes de leurs incohérences, nous ne serions pas étonnés. En effet, nous avons vu que, comme sur la question du Concile Vatican II, les traditionnalistes plongent tête baissée dans l’impasse de l’erreur et de l’incohérence en glosant sur l’engagement ou pas de l’infaillibilité des « papes » Novus Ordo dans les documents de Vatican II. Ainsi, avec certains conservateurs qui toutefois n’osent pas mettre le pied à la « Frat », mais qui n’en pensent pas moins, les lefèbvristes tiennent depuis les années 1970 l’intenable position théologique des papes légitimes, mais hérétiques. A minima, ils avancent que Vatican II –en supposant que Paul VI et ses successeurs aient été de vrais papes- n’a nullement engagé l’infaillibilité pontificale, puisqu’il s’agissait d’un concile œcuménique, mais déclaré « pastoral ». Cette absurdité extrêmement grave fait aujourd’hui rire, et pleurer, les prêtres et les théologiens fidèles à l’orthodoxie. Mais il est intéressant de voir que la même erreur se répète concernant la question des canonisations. Nous avons vu plus haut que Mgr Fellay et l’abbé de Cacqueray refusaient purement et simplement de considérer ces canonisations, triant en fait  et de façon opinionniste entre celles qui leur paraissent valides, de Padre Pio par exemple, et celles qui leur semblent douteuses, de Jean Paul II par Francois, tout en reconnaissant l’autorité ayant déclaré ces canonisations comme étant bel et bien l’Eglise catholique, envers qui ils affirment obéissance, mais envers qui ils se placent en position de rébellion, déclarant les décisions prises par ces papes, notamment celles qui seraient infaillibles, comme nulles, voire frappées d’hérésie.

Le grand argument pour réfuter la validité de ces canonisations tout en reconnaissant l’autorité qui les déclara comme étant l’autorité de l’Eglise catholique, est le même argument captieux et très faible selon lequel ces papes n’auraient pas engagé l’infaillibilité pontificale dans ces canonisations.

Or, cela est entièrement faux. Ces antipapes, en supposant qu’ils aient été papes, ont déclaré ces canonisations dans un langage dogmatique tout à fait semblable au langage dogmatique utilisé par les vrais papes de l’Eglise catholique. Démonstration :

Jean-Paul II « canonisant » Josémaria Escriva de Balaguer, fondateur de l’Opus Dei Pie XI canonisant saint Jean Eudes
« Aujourd’hui donc, place Saint-Pierre, au cours d’une Messe solennelle, en présence d’une immense multitude de fidèles, Nous avons prononcé la formule suivante : « En l’honneur de la Très Sainte et Indivisible Trinité, pour l’exaltation de la foi catholique et la croissance de la vie chrétienne, par l’autorité de Notre Seigneur Jésus-Christ, des saints apôtres Pierre et Paul et par la Nôtre, après avoir longuement réfléchi, invoqué à plusieurs reprises l’aide divine et entendu l’avis de Nos Frères dans l’épiscopat, Nous définissons saint le bienheureux Josémaria Escriva de Balaguer. Nous l’inscrivons au Catalogue des saints, et Nous établissons qu’il soit pieusement honoré parmi les saints dans toute l’Église. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Ce que Nous avons déclaré, Nous voulons que ce soit valide aujourd’hui et dans l’avenir, sans dérogation ni exception d’aucune sorte. Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, le 6 octobre 2002, vingt-quatrième année de Notre Pontificat. MOI JEAN-PAUL Évêque de l’Église Catholique « Après avoir imploré les lumières, de l’Esprit saint, invoqué avec ferveur le secours de la Bienheureuse Vierge Marie et de tous les Saints, Nous décrétâmes que « Pour l’honneur de la sainte et indivisible Trinité, pour l’accroissement et la gloire de la foi catholique, par l’autorité de Notre Seigneur Jésus-Christ, des saints Apôtres Pierre et Paul et par la Nôtre, après mûre délibération, et d’après le vœu de Nos chers fils les Cardinaux de la sainte Église romaine ainsi que sur l’avis des Patriarches, Archevêques et Évêques, le Bienheureux Jean Eudes, Missionnaire Apostolique et Instituteur de la Congrégation de Jésus et Marie et de l’Ordre de Notre-Dame de Charité était Saint et inscrit au catalogue des Saints. » Nous avons ordonné que la mémoire de saint Jean Eudes soit mentionnée dans le Martyrologe romain le 19 du mois d’août. Donné à Saint-Pierre de Rome, l’an du Seigneur 1925, le 31 du mois de mai, De Notre Pontificat la quatrième année. MOI, PIE, ÉVÊQUE DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE.

Nous y trouvons donc les mêmes termes utilisés en latin : « Ad honorem Sanctae et Individuae Trinitatis, ad exaltationem fidei catholicae et vitae christianae incrementum, auctoritate Domini nostri Iesu Christi, beatorum Apostolorum Petri et Pauli ac Nostra, matura deliberatione praehabita et divina ope saepius implorata, ac de plurimorum Fratrum Nostrorum consilio, Beatum N. Sanctum esse decernimus et definimus, ac Sanctorum Catalogo adscribimus, statuentes eum in universa Ecclesia inter Sanctos pia devotione recoli debere. In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. »

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Il est bien entendu que les canonisations opérées par Jean-Paul II sont nulles et non avenues, puisque ce dernier ne pouvait être pape en vertu de ses hérésies notoires, mais il était bel et bien dans l’intention de cette contre-église de déclarer ces « saints » comme devant être infailliblement déclarés comme tels. Toutefois, le débat ne sera pas clos tant que le siège restera vacant. Mais pour l’heure, il y aura encore des disputes sur ces considérations, puisque des intellectuels comme le docteur de Mattei refusent de considérer les canonisations comme infaillibles[11] en raison de l’apparition relativement tardive (10e siècle) de l’encadrement juridique des procédures de canonisations par le  Saint-Siège et par l’argument selon lequel cette infaillibilité n’est pas prouvée, car le canon de 1917 et le catéchisme n’enseignerait rien à ce sujet. Bien sûr, l’argument mérite d’être combattu, car on y sent l’aphorisme des traditionalistes modernes : comment expliquer alors que l’Eglise ait pu donner à la vénération des fidèles des personnes dont il pourrait y avoir le moindre doute sur leur sainteté ? N’est-ce pas par ce même état d’esprit scepticiste que les agents de Paul VI prétendirent effacer notre chère Sainte Philomène du martyrologe romain ? Une canonisation engage de façon si évidente les matières de la Foi et de la morale. Comment alors une canonisation, en elle-même, n’engageait pas l’infaillibilité de l’autorité ? Mais pour l’heure, concluons donc sur Jean-Paul II.

Conclusion :

  1. Nous avons déterminé que Jean-Paul II ne peut pas être saint.
  2. Et qu’ainsi, parce qu’il était un hérétique public, ayant déclaré publiquement des hérésies.
  3. Qu’ainsi, l’autorité prétendument pontificale l’ayant déclaré saint s’est trompée.
  4. Par conséquent, cette autorité ne peut pas être l’Eglise catholique. Pourquoi ? Car, (une fois encore, cela finira bien par rentrer), magistère infaillible de l’Eglise, Pape Paul IV, Bulle Cum ex Apostolatus Officio ; 15 fév. 1559 :

     « 1… D’ailleurs, plus le danger est grand, plus la vigilance doit être entière et attentive, pour que les faux prophètes, ou même d’autres hommes, revêtus d’une juridiction séculière, ne puissent prendre lamentablement dans leurs filets les âmes simples et entraîner avec eux à la perdition et à la ruine de la damnation les peuples innombrables confiés à leur soin et à leur direction, au spirituel comme au temporel ; aussi POUR QUE NOUS NE SOYONS JAMAIS TÉMOIN DE “L’ ABOMINATION DE LA DÉSOLATION DANS LE LIEU SAINT” ANNONCÉE PAR LE PROPHÈTE DANIEL, alors que Nous désirons de tout Notre pouvoir avec l’aide de Dieu, selon Notre charge pastorale, capturer les renards qui s’ingénient à saccager la vigne du Seigneur et écarter les loups des bergeries, afin de ne pas ressembler à des chiens muets incapables d’aboyer, ni nous perdre avec les mauvais agriculteurs, ni être comparé à un mercenaire…

    6. De plus, [en vertu de cette constitution Nôtre, valide à perpétuité, Nous décidons, statuons, décrétons et définissons :] si jamais il advient qu’un évêque, même ayant fonction d’archevêque, de patriarche ou de primat ; qu’un cardinal de l’Église romaine, même légat ; qu’un souverain pontife même, avant leur promotion ou leur élévation au cardinalat ou au souverain pontificat, ont dévié de la foi catholique ou bien sont tombés dans quelque hérésie,

    i. la promotion ou l’ élévation, même si cette dernière a eu lieu avec l’assentiment unanime de tous les cardinaux, est nulle, invalide, vaine,

    ii. et on ne pourra pas dire qu’elle est devenue valide ou qu’elle deviendrait valide parce que l’intéressé accepte la charge, reçoit la consécration, ou entre ensuite en possession du gouvernement et de l’administration ou par l’intronisation du pontife romain ou par l’acte d’agenouillement fait devant lui, ou par l’acte d’obédience à lui rendu par tous, et ce quelle que soit la durée de cette situation.

    iii. On ne pourra tenir l’élection pour légitime en aucune de ses parties…

    iv. Ces personnes ainsi promues ou élevées seront, par le fait même, sans qu’il faille quelque autre déclaration ultérieure, privées de toute dignité, position, honneur, titre, autorité, fonction et pouvoir à la fois

    10. En conséquence, il ne sera permis à aucune personne d’enfreindre ce texte de Notre approbation, innovation, sanction, statut, dérogation, volonté et décret avec une téméraire audace. Si quelqu’un avait la présomption de le tenter, qu’il sache que cela lui fera encourir l’indignation de Dieu Tout-Puissant et des bienheureux apôtres Pierre et Paul.

    Donné à Rome, à saint Pierre, en la mille cinq cent cinquante-neuvième année de l’Incarnation du Seigneur, le 15 des calendes de mars [15 février 1559], en la quatrième année de Notre pontificat.

    † Moi Paul, évêque de l’Église catholique… »

Yawm al Masihi, pour Argentinat.

[1] Bulletin Diakrisis n°2, mai 1986. Cité in Fideliter n°54

[2] MPI, Xavier Celtillos, Jean-Paul II n’est pas un Saint mais un collaborateur à la destruction de l’Eglise, http://www.medias-presse.info/nous-refusons-de-feter-jean-paul-ii-qui-nest-pas-un-saint-mais-un-collaborateur-a-la-destruction-de-leglise/63046

[3] Discours du 21 février 1981

[4] La Croix, 4 février 1986

[5] Allocution du 26 mars 1982

[6] Encyclique Satis Cognitum, 29 juin 1896

[7] Saint Irénée de Lyon, « Contre les hérésies », Livre III, IIe Partie, 1.17, 4

[8] http://www.catholicworldreport.com/Item/5022/cardinal_raymond_burke_on_life_truth_mother_teresa_islam_and_cardinal_sarah.aspx

[9] Qui cum Que, 20 Janvier 2006, http://www.quicumque.com/article-1651825.html

[10] R. P. Auguste-Alexis GOUPIL, La Règle de la Foi (1941)

[11] Correspondance Européenne, Interview de Catholic Family News au Professeur Roberto de Mattei sur l’infaillibilité des canonisations, http://www.correspondanceeuropeenne.eu/2014/04/29/interview-de-catholic-family-news-au-professor-roberto-de-mattei-sur-linfallibilite-des-canonisations/

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