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La question du régime politique

Depuis presque 30 ans en France, les élections se succèdent sans saveur et sans enjeu national d’envergure. Comme souvent, après le choc passager du premier tour qui a porté les candidats du Front National en tête de pratiquement tous les scrutins dans les régions du Sud et du Nord-Est, les observateurs ont unanimement pointé du doigt le manque d’offre politique et de renouvellement du personnel politique. Cette observation est extrêmement juste : jamais, depuis la naissance de la Ve république, actuelle constitution de l’état, le jeu politique n’a été aussi figé, aussi bloqué, aussi hermétique, en dépit des apparences. Ces apparences sont l’artificialisation du monde politique, l’animation participative, les nouvelles modes communicationnelles, la balance des machines financières et médiatiques qui déterminent en fait exclusivement le succès de tel ou tel candidat de la droit et de la gauche gouvernementales. Ces apparences cachent de fait, une profonde corruption du système politique, que nous savons pour notre part, comme l’a démontré Maître Pichot-Bravard, intrinsèquement lié à la constitution paradoxalement, mais logiquement inconstitutionnelle1 et antisociale de la république, et plus exactement, des dogmes2 qui sont les siens.

La question du régime politique pose directement la question de la domination économique, sur laquelle nous passerons faute de temps et de crainte de nous écarter du sujet bien qu’il y soit intimement lié, pour nous attarder sur la question de la domination médiatique. En effet, les échecs répétés du Front National, malgré la politique de « mise en conformité » de ces nouveaux cadres, s’expliquent largement par le plafond de verre médiatique, vrai obstacle bien plus important que le fameux plafond de verre électoral. Or, plus que jamais, les organes du pouvoir médiatique, privés ou publics, imposent une uniformité de traitement sur l’ensemble des phénomènes sociaux, économiques ou culturels de l’actualité, et même du traitement des faits historiques.

Face aux événements tragiques de Janvier et Novembre 2015 et au vu des responsabilités aveuglantes de l’exécutif et de nombreux échelons de l’état, on aurait du assister à des émeutes monstres à Paris, de citoyens réclamant la destitution, sinon le jugement des responsables politiques pour haute trahison. C’est ce qui s’est passé en Hongrie en 2006, quand le peuple, excédé des abus de la coalition gouvernementale libérale, prit d’assaut le centre de radio et télévision publique. Cela suffit en effet amplement à réussir une révolution souverainiste moderne, sans avoir à recourir à la guerre civile ou on ne sait quel autre fantasme d’éditorialiste : simple à organiser (la spontanéité des foules n’existe pas, sauf dans le divertissement), légitime, mythologiquement fondateur, sain pour la vitalité, la réunion et pour la confiance anthropologique d’un peuple décadent, déraciné et sans foi.

Déjà, faute d’animation gouvernementale, le souvenir du 13 novembre s’étiole, comme si le massacre de plus de 120 personnes il y a un mois était un souvenir virtuel. Déjà, les conséquences de la destruction criminelle de la Libye et de l’agression tout aussi criminelle de la république de Syrie, les déferlantes migratoires, les attentats, ne parviennent plus à agglomérer la moindre mémoire collective utile dans les masses françaises, masses dont la segmentation politique et anthropologique programmée et travaillé depuis des décennies par les docteurs des révolutions silencieuses, rend illusoire et ridicule toute considération idéologique et utopique d’un sursaut démocratique.

La nullité de l’offre politique française

Il faut admettre qu’il n’existe plus, sur la scène politique française, un seul grand homme d’état. Il n’existe pas de Viktor Orban, de Vladimir Poutine, de Bashar Al-Assad. On ne trouve plus et on ne trouvera sans doute pas avant longtemps, un grand chef d’état, emblématique, spirituel, intelligent, stratège, entièrement commis au service du bien commun. Cette absence, de plus en plus inquiétante, se ressent largement sur le paysage politique français. L’offre politique de l’arc républicain se résume aujourd’hui pour une immense majorité de français à un vaste marécage populiste, électoraliste, magouilleur, corrompu et surtout, incompétent. Ceci est à tel point que l’on en vient à regretter des hommes politiques médiocres, mais qui avaient encore été éduqués à la vieille manière.

En Île-de-France, le parti « EELV » dont la ligne politique est un social-libéralisme vaguement affublé de slogans « verts » et dont l’électorat se borne à un public de dirigeants de start-ups, de couples homosexuels et de ruraux bourgeois-bohèmes, a recueilli moins de voix que l’Union des démocrates musulmans3, une jeune formation qui illustre une facette intéressante de cet islam libéral, utilitaire, sociétal et républicain que les concepteurs de l’état et des gouvernements des deux dernières décennies tentent de mettre sur pied avec l’aide des crédits saoudiens et qataris (ce fut le cas sous Sarkozy et au début du mandat de F. Hollande).

Quant au Front National, si ses candidats ont tenté d’habiller leur défaite parlementaire en victoire électorale, les campagnes de calomnies médiatiques et de manipulations des sondages, devenues désormais monnaie courantes à chaque entre-deux tours, ne doivent pas excuser les très mauvaises stratégies politiques des cadres de ce parti, qui s’expliquent par les idéologies libérales et les tactiques populistes qui y sont majoritaires. Fracturé entre des tendances grossières, travaillé par des réseaux et des idéologismes, gagné par les appétits politiciens et presque entièrement éloigné de tout politique chrétienne, le parti frontiste, en devenant un parti républicain comme les autres, n’a toujours pas réussi à faire comprendre à toute une partie de l’électorat français le plus infecté par l’hystérisme télévisuel qu’il était justement que le parti le plus républicain du sérail. Il est à se demander si le Front National pourrait un jour parvenir à quoi que ce soit, ou qu’il puisse un jour servir authentiquement à la cause nationale. A tel point que l’entrisme au sein même du Front National pour les vrais militants de l’Église est illusoire, en raison des leaderships idéologiques récents. Dans le grand Est, le logiciel idéologique gaulliste et jacobin de Phillipot devait empêcher ce dernier de réussir une communication subtile et efficace au-delà du vote bêtement populiste des mécontents et des effrayés. Bonapartiste et fort peu spirituel, Philippot ne pouvait, comme on le sait, accompagner son discours social et économique -intelligent, soit dit en passant- d’une fibre chrétienne propre à la terre du Sacre, de Jeanne d’Arc et de Notre Dame de Strasbourg. La conquête de la grande région Est, malgré son artificialité, était très possible pour un diplômé d’une grande école d’état, mais la compréhension et l’ambition d’un esprit et d’une âme de chrétien étaient des conditions irrévocables. Au lieu de cela, Philippe Richert, vieillissant sbire des appareils politiciens de la droite libérale parisienne, continuera pendant encore six ans de pratique une politique veule et stérile. Ainsi, Jacques Sapir se trompe peut-être dans son analyse4 de la défaite du Front National:

« Cela vient de l’ambiguïté qui a été cultivée dans sa ligne politique. Entre les discours des uns et des autres, ceux tenus à Hénin-Beaumont ou à Forbach et ceux tenus à Carpentras, il y a plus que des différences. Le courant que l’on appelle « identitaire », et qui a été visible surtout dans la région PACA, s’il peut dans un premier temps gonfler les chiffres et conduire à des succès locaux, se révélera à terme un obstacle insurmontable à toute logique de rassemblement. Ce discours, qui n’est clairement pas « républicain » en cela qu’il ne fait pas sien les principes de la République comme la laïcité et l’égalité, condamne dans le futur le Front national à connaître de nouvelles défaites dès qu’il lui faudra rassembler. »

Cette ambiguïté ne provient pas de prétendues divergences dans le discours « républicain » ou « identitaire » : on a vu à ce sujet l’incapacité amusante des analystes politiques à comprendre des lignes idéologiques qui caractérisent la ligne électorale du Front. Le problème du Front National demeure à peu près le même que sous Jean-Marie Le Pen, qui était tout de même autrement plus respectable que l’actuelle classe politique : il s’agit d’un problème de leadership. Jean-Marie Le Pen aurait pu et aurait sans doute du devenir un grand chef d’état résistant contre le mondialiste impérialiste et financier. Son échec s’explique peut-être davantage par sa personnalité et son caractère, que par les kabbales puissantes qui furent montées contre lui. Aujourd’hui, nous avons la conviction que Marine Le Pen n’a ni le charisme, ni la Foi, ni l’envergure du grand chef d’état dont la France a besoin. Florian Philippot pas davantage, même s’il pourrait faire un grand ministre, dans un futur gouvernement national. Quant à Marion Maréchal-Le Pen, il est encore tôt pour entrevoir ce que sera sa carrière. Quoiqu’il en soit, il s’agit donc d’un problème de leadership et de leadership doctrinal. Malgré la « mise aux normes républicaines » du parti frontiste, son discours, qu’il soit social et souverainiste, ou qu’il soit gentillemment laicard-populiste, est inévitablement attaqué et caricaturé par la garde médiatique. Marine Le Pen, et Florian Phillipot d’ailleurs, semblent incapables, en raison de leurs déterminismes idéologiques propres, libéraux et jacobins, de proposer une ligne doctrinale fine et intelligente, conservatrice, souverainiste, audacieuse et optimiste, permettant de rassurer les masses électorales, de rassembler et de susciter le vote de français de toutes confessions et origines, d’être inattaquables médiatiquement, et d’être radicalement incontestables sur leur projet national. Il manque dans tout ceci de la cohérence et de la Foi.

Fin de la démocratie et nouvelles constitutions politiques

Ces élections régionales marquent sans doute une date dans la décrépitude sans fin de la démocratie parlementaire et électoraliste de la Ve République. Les taux d’abstention toujours plus élevés5 -plus d’un français sur deux n’a voté pour aucun parti- expriment un mépris d’une grande partie de français pour le système politique actuel. Dans nos pays de l’Est de la France, en Alsace en particulier, la fusion forcée, sans consultation publique d’une vaste région allant de Reims à Strasbourg, n’a crée aucune réaction politique efficace, en surtout pas sur le terrain électoral. Les rassemblements teintés de régionalisme et de populisme bon enfant, encadrés par la caste politicienne locale (notamment UMP et centriste), ont rempli leurs promesses d’inefficacité et de cocufiage. Le revirement des urnes a été spectaculaire dans l’Est, et en Alsace en particulier. Le sentiment qui domine actuellement chez nos compatriotes d’Alsace et de Moselle orientale, mais également chez nos voisins franc-comtois et bourguignons qui étaient opposés à la fusion pour des raisons aussi bien identitaires que pragmatiques, est un sentiment de colère lasse et plus largement, de dégoût ultime.

Comme l’a dit Philippe de Villiers au cours d’une mémorable tribune publique récemment, la France est en dormition. Mais cette dormition est loin d’être improductive. Il s’agit en fait d’une partie considérable de la population, qui, ayant pris acte de la corruption profonde de la constitution de la démocratie républicaine et parlementariste, ayant pris acte des conséquences de ce régime sur la perte des souverainetés nationales, sociales, économiques et du stress sécuritaire qu’il produit sur et entre les populations, cette partie de la France reprend ses souverainetés patiemment, dans le travail, par la création d’entreprise, par la libération du salariat, de la nourriture issue de l’agriculture chimique et industrielle, par la constitution de familles, de clans, de réseaux.

Il s’agit d’un travail patient, de longue haleine. Mais à moyen terme, il est très probable qu’en réaction à l’injustice profonde du système électoraliste et de la mainmise de l’oligarchie politique sur les affaires du pays, des démocraties organiques et souveraines se recréent localement, provincialement, en recourant à des référendums d’autodétermination. C’est ce qui aurait du se passer en Alsace. Plutôt que de manifester et recourir à une détestable attitude victimaire, les partisans de l’autonomisme alsacien n’ont jamais osé effleurer les prébendes du régime républicain. L’echec de la contestation alsacienne posait d’ailleurs une question qui ne le fut jamais au milieu du brouhaha populiste : quelle doctrine ? Quelle vision ? Quel leadership ? Nous avons grandement regretté l’absence d’un grand mouvement catholique conservateur pour porter la voix des libertés alsaciennes au rappel de la vocation de la France elle-même.


Certes, le dogme du citoyen national implique nécessairement que le citoyen-électeur assume la responsabilité de la masse électorale dans les destinées malheureuses du pays. Après tout, personne d’autre que le « peuple » n’élit les traîtres, les corrompus et les détrousseurs du « peuple ». Ce ne sont pas les islamistes du 13 novembre ou du 7 janvier qui ont porté au pouvoir le gouvernement Sarkozy ou le gouvernement Hollande. Une prise de conscience démocratique de grande ampleur gagne cette France abstentionniste. Pour l’heure, cette masse, même dans ses minorités les plus élitistes et les plus intelligentes, n’est pas capable d’envisager la reprise de souverainetés locales, telles qu’à des échelons communaux, cantonaux, municipaux ou métropolitains. Tant que l’on aura pas pris en considération spirituelle le poids des conséquences et des responsabilités, non seulement des gouvernements, mais aussi du « peuple » qui les ont élus et les ont tolérés, tout sursaut sera improbable et techniquement impossible.

Une contribution de Monsieur Guillaume de Hazel pour le Journal Argentinat.

~ A r g e n t i n a t ~

2 Dogmes maçonniques du triptyque républicain ou des Droits de l’homme, qu’on publiquement revendiqué des franc-maçons célèbres comme Fred Zeller ou Vincent Peillon.

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