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Si toute l’attention internationale est généralement focalisée sur le danger que représente l’état islamique au Levant, la position israélienne dans ce conflit est pour le moins modérément abordée dans les médias officiels. Pourtant, l’entité sioniste se situe aux portes du conflit. Du moins, quel conflit ? Le jeu israélien vis à vis de la république syrienne est multiple, car les enjeux géopolitiques du jeune état d’Israël n’ont pas changé sur le Golan. D’autre part, le régime sioniste redoute grandement le Hezbollah libanais, seule armée de résistance islamique à être parvenue à mettre en échec Tsahal en 2006. De cette victoire, le prestige du parti chiite est sorti extrêmement grandi et ne fut pas pour rien dans l’effort de réconciliation entre chrétiens et musulmans au Liban. Enfin, la république syrienne, qui a résisté presque seule pendant cinq ans contre une invasion de révolutionnaire islamiste sans précédent, demeure toujours l’ennemi mortel du régime sioniste. Voici un paramètre qui échappe trop souvent aux observateurs français du conflit. Pour finir, le jeu israélien vis-à-vis du conflit en Syrie et en Irak est particulièrement prudent, en raison des enjeux énormes que représente un éventuel et, à terme, très probable redécoupage territorial de la région. En effet, les élites israéliennes semblent attendre le déblocage de la situation et espèrent, quelque soit la puissance qui aura le poids pour solder le conflit d’ici un à trois ans, pouvoir tirer leur épingle du jeu, c’est à dire réaliser de nouvelles expansions territoriales au-delà du Golan, que l’état sioniste occuppe illégalement aujourd’hui encore. Mais déjà, le gouvernement israélien a autorisé1, en tout impunité, l’exploitation d’un gisement découvert récemment sur le Golan. En cela, l’état sioniste présente un certain point commun avec l’état islamique : le pillage et la violation du territoire et des ressources d’un état souverain.

Géostratégie israélienne au Levant

L’éventualité de la chute de la république syrienne et du gouvernement de Bashar Al Assad étant de plus en plus improbable à court terme, les stratèges néoconservateurs à Washington et leurs alliés israéliens maintiennent toutefois leur ligne directrice. Nous avons déjà vu dans une précédente édition que l’ambassadeur Robert S. Ford plaidait dans le New York Times en octobre dernier pour la création d’un Daesh libéral et wahhabite, sur le modèle des pétromonarchies du Golfe, en remplacement de l’actuel Daesh, devenu un état-pirate islamo-mafieux et incontrôlable. Quant aux élites israéliennes, elles n’ont témoigné d’aucune solidarité pour la république syrienne, alors que Bashar Al-Assad, pour le coup, constituait et constitue encore la seule barrière entre Daesh et Tel-Aviv. Tout au contraire, depuis le début du conflit, l’état sioniste a joué un rôle excessivement trouble dans le sud-ouest de la Syrie.

Tout d’abord, le fait est désormais connu internationalement. Révélé par un reportage du magasine Vice News2, le soutien très appuyé de Tsahal envers les rebelles islamistes agissant au sud de la Syrie. A l’époque, bien sûr, les médias officiels internationaux nous parlaient encore de la fable d’une rébellion démocratique. Or, les images de ces reportages dans les hôpitaux au nord de l’entité sioniste nous révèlent bien de nombreux terroristes islamistes pris en charge par des médecins militaires israéliens. L’un de ces reportage a même montré le premier ministre Benjamin Netanyahu rendant visite à l’un de ces rebelles islamistes.

Depuis le début du conflit3, l’armée sioniste a multiplié les entrées illégales dans l’espace aérien de la république syrienne et à certaines reprises, à même procédé à des frappes. Il existe depuis le début de ces opérations illégales un double-discours intéressant, entre le gouvernement sioniste qui est resté jusqu’à très récemment extrêmement discret sur ces questions, et l’armée israélienne qui, assez paradoxalement, communique beaucoup plus ouvertement à ce sujet.

Bien sûr, les israéliens comme nous l’avons vu, s’inquiètent du dynamisme du Hezbollah, qui a livré aux côtés de l’armée syrienne et des milices citoyennes plusieurs années de lutte acharnée contre Daesh et les autres rebellions islamistes. Or, les opérations illégales de l’entité sioniste en Syrie sont souvent menées sous le prétexte de la menace du Hezbollah. En Août dernier, l’armée israélienne a annoncé très sérieusement des préparatifs internes dans l’éventualité « d’une potentielle opération au sol en Syrie afin de prévenir toute attaque du Hezbollah ou de militants qui contrôlent de vastes parties du sud de la Syrie ». En outre, on imagine mal le Hezbollah chercher à s’en prendre à Israël alors que l’enjeu chiite est concentré sur bien d’autres objectifs.

Toutefois, l’impunité israélienne demeure encore très limitée. De façon intéressante, alors que l’on a pu observer une émancipation et même une domination accrue des israéliens sur la géopolitique américaine classique, on mesure la solidité de la puissance russe par rapport à la retenue inhabituelle qu’observent les gouvernementaux sionistes vis-à-vis des intérêts de Moscou, y compris dans la région. Aussi, l’intervention russe en Syrie complique largement les velléités de manœuvres israéliennes dans le sud du pays, mais n’a nullement empêché l’aviation israélienne d’entrer le jeudi 3 décembre dernier sur le territoire syrien et de frapper un bâtiment vide de l’armée syrienne. Un porte-parole de l’armée nous rapporte : « Un avion de chasse israélien a frappé le quartier général de la 155eme brigade dans le nord de Damas dans la soirée de jeudi. Cette frappe brève a toutefois produit très peu de dommages puisqu’il n’a touché qu’un hangar abandonné se trouvant isolé de la base et du commandement central4»

Si cette information reste à confirmer, nous ne voyons aucune raison de douter des autorités militaires syriennes, qui rappellent d’ailleurs qu’il s’agissait là de la seconde entrée illégale de l’aviation israélienne dans l’espace aérien syrien de l’année, et la troisième en deux ans. Il n’y a pas à douter a priori de l’armée et du gouvernement syrien, qui ont à leur compte quatre ans de résistance exceptionnelle face à Daesh et aux rebellions islamistes. On peut tout à fait considérer que la Syrie a constitué le plus efficace bouclier anti-terroriste pour l’Europe. Le président Bashar Al-Assad a constamment cherché à prévenir les français du danger que leur gouvernement leur faisait courir en mentant sur la situation en Syrie et en soutenant activement les rebellions islamistes. Il a fallu attendre les tragiques événements du 13 novembre à Paris pour apprendre par Monsieur Squarcini, ancien directeur central du renseignement intérieur, que Manuel Valls avait refusé des listes de djihadistes au prétexte que ces renseignements avaient été fournis par l’état syrien5. Si le soutien des élites mondialistes en Europe soutiennent les pétromonarchies wahhabites par luxure et appât du gain, leur soutien à l’état sioniste s’explique davantage par des raisons idéologiques, carriéristes ou logistiques. Comment expliquer alors le soutien de la république française au gouvernement israélien, alors que celui-ci mène de toute évidence des opérations troubles et illégales sur le sol syrien ? A quel jeu s’appliquent les élites sionistes ? Même la coalition de l’OTAN n’a pas encore songé à bombarder directement des installations de l’armée syrienne. Même le médiocre Laurent Fabius a fini par tempérer son bellicisme délirant envers le gouvernement syrien6.

Le transit du pétrole de Daesh de la Turquie à Israël

La question israélienne est directement liée à la question turque, qui se posera aussi d’ici quelques années, lors du remodelage, positif ou négatif, de la région. Nous avons vu que l’armé israélienne pénétrait allégrement l’espace aérien syrien en toute illégalité et sans la moindre sanction internationale. Nous avons vu aussi, que le gouvernement israélien s’était publiquement ému de ce qu’un avion russe avait à peine survolé les environs de la frontière, au Golan sud. Or, si l’activité israélienne en Syrie demeure relativement discrète et d’une certaine façon mesurée, celle du gouvernement turc, pris d’un hybris dangereux pour sa propre survie, a mis en lumière devant le monde entier les relations ambiguës qu’entretiennent certaines élites turques proches du pouvoir avec les chefs de l’état islamique. La destruction de deux avions de chasses russes par l’aviation turque dans le nord de la Syrie le 24 novembre dernier7 a déclenché une nouvelle étape dans la stratégie diplomatique russe. Patiemment, Vladimir Poutine et Lavrov profitent des excès des auxiliaires géopolitiques de l’OTAN, en l’occurrence les turcs, pour faire progresser leur jeu et celui de la république syrienne. Courte remarque : les russes ont signé une belle victoire diplomatique en neutralisant presque entièrement la néfaste politique extérieure des oligarques du gouvernement français. L’acte de guerre stupide des turcs s’est immédiatement transformé en avantage diplomatique pour les russes, qui purent alors exposer au monde entier ce que les médias occidentaux taisaient largement jusque là : les réalités du trafic économique entre l’état islamique et la Turquie. En outre, cela exposa une fois de plus l’hypocrisie des politiques européens, lesquels viennent de fournir une aide de 3 milliards d’euros8 à l’état turc pour « l’aider à gérer la crise des migrants ». Hypocritement, les élites politiques et médiatiques faisaient semblant ces derniers temps, de poser la question des ressources économiques de Daesh, en particulier celle du pillage du pétrole syrien et irakien. En pleine COP21, et pendant que François Hollande et Barack Obama étaient attablés dans l’un des plus chers restaurant de la capitale, Vladimir Poutine dénonçait le trafic de pétrole entre les zones contrôlées par l’état islamique et la frontière sud de la Turquie : « Nous avons toutes les raisons de penser que la décision d’abattre notre avion a été dictée par la volonté de protéger ces chemins d’acheminement de pétrole vers le territoire turc, justement vers ces ports depuis lesquels il est chargé sur des navires-citernes. »

La politique de révélations de la diplomatie russe nous permet de mettre en lumière l’ampleur de ce trafic de pétrole pillé par l’état islamique sur le sol syrien et irakien, transitant avec du pétrole issu du Kurdistan voisin, via la Turquie, le port d’Ashdod en Israël et l’Île de Malte. Le très sérieux site d’intelligence économique américain Zero Hedge a fourni fin novembre une enquête impressionnante9 mettant en évidence les soupçons qui pèsent désormais sur le président turc et son entourage familial, notamment son fils Bilal Erdogan, dont la compagnie de transport maritime BMZ est très sérieusement accusée par la Russie et le gouvernement syrien (par la voix du ministre de l’information Omran al-Zoubi) d’être la principale voie de transit du pétrole de Daesh vers les marchés israéliens et européens.

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On comprend à quel point cette question du financement de Daesh est explosive. Il serait tout de même stupéfiant pour les sociétés occidentales d’apprendre qu’elles alimentent peut-être leurs véhicules avec du pétrole provenant de l’état islamique. Quant à Israël, qui importe beaucoup de pétrole kurde (techniquement irakien), le média suisse Arrêt sur Info explique10 :

« Si l’état hébreux réserve une partie de ces importations pour sa consommation domestique, une autre partie est exportée vers l’Europe en ayant acquis un statut « légal» durant son transit à Ashdod. Selon les sources d’al-Araby, une partie du brut serait expédié par des sociétés privées vers une raffinerie italienne, qui constituerait donc la porte d’entrée du pétrole de Daech dans l’Union Européenne. Le journal basé à Londres ne donne pas le nom de cette raffinerie mais précise cependant qu’elle est la propriété d’un homme d’affaire italien possédant également un club de football de premier plan en Série A. Il pourrait ainsi s’agir de Massimo Moratti, propriétaire de l’Inter de Milan jusqu’en 2013 et dont la holding, Saras, détient la plus grande raffinerie du pays à Saroch, près de Cagliari. L’enquête du journal al-Araby corrobore ainsi les déclarations qu’avait faites l’ambassadrice de l’Union Européenne en Irak Mme Jana Hybaskova le 2 septembre 2014 devant la commission des affaires étrangères du Parlement européen, affirmant que des états européens achetaient le pétrole de l’État Islamique. »

En conclusion, le jeu des élites israéliennes est clairement de faire progresser leur agenda territorial dans la région, non seulement en matière d’autonomie énergétique, mais aussi d’expansion géographique.

~ A r g e n t i n a t ~

1JERUSALEM PLUS, « Israël Autorise Des Forages De Pétrole Sur Le Plateau Du Golan », http://www.jerusalemplus.com/israel-autorise-des-forages-de-petrole-sur-le-plateau-du-golan/

2VICE NEWS, « New Evidence Suggests Israel Is Helping Syrian Rebels in the Golan Heights », 7 décembre 2014, https://news.vice.com/article/new-evidence-suggests-israel-is-helping-syrian-rebels-in-the-golan-heights

3NEWSWEEK, Benjamin Netanyahu admits that israeli forces operate in Syria, 2 décembre 2015, http://europe.newsweek.com/benjamin-netanyahu-admits-israeli-forces-operate-syria-400204?rm=eu

4AL MASDAR NEWS, « Israeli airstrikes over Damascus confirmed », 5 décembre 2015, http://www.almasdarnews.com/article/israeli-airstrikes-over-damascus-confirmed/

5LE FIGARO, « Collaboration avec les services syriens : des députés interrogent Valls », 27 novembre 2015, http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/coulisses/2015/11/20/25006-20151120ARTFIG00319-collaboration-avec-les-services-syriens-des-deputes-interrogent-valls.php

6NOUVEL OBSERVATEUR, « Revirement français :Laurent Fabius n’envisage plus un départ de Bachar al-Assad avant une transition politique en Syrie », 5 décembre 2015, http://tempsreel.nouvelobs.com/en-direct/a-chaud/13571-daech-revirement-francais-laurent-fabius-envisage-d.html

7LE MONDE, « La Turquie regrettera d’avoir abattu un bombardier russe », 3 décembre 2015, http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/12/03/vladimir-poutine-la-turquie-regrettera-d-avoir-abattu-un-bombardier-russe_4823257_3214.html

8SPUTNIK, « L’UE versera 3 milliards d’euros à la Turquie », 29 novembre 2015, http://fr.sputniknews.com/international/20151129/1019897723/ue-refugies-turquie-3-milliards-migrants.html#ixzz3ssRyILTs

9ZERO HEDGE, « ISIS Oil Trade Full Frontal: « Raqqa’s Rockefellers », Bilal Erdogan, KRG Crude, And The Israel Connection », 28 novembre 2015, http://www.zerohedge.com/news/2015-11-28/isis-oil-trade-full-frontal-raqqas-rockefellers-bilal-erdogan-krg-crude-and-israel-c

10ARRÊT SUR INFO, « Comment Israël exporte le pétrole de Daech vers l’Union Européenne », 1er décembre 2015, http://arretsurinfo.ch/comment-israel-exporte-le-petrole-de-daech-vers-lunion-europeenne/

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