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Farès el-Chehabi, homme d’affaires alépin sunnite, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Syrie, fait part des ravages causés par quatre années de guerre sur sa ville et ses alentours. Depuis septembre 2011, il est inscrit sur la liste des personnes sanctionnées par l’Union européenne, accusé d’apporter un soutien économique au gouvernement syrien. [Note d’Argentinat : rappelons en effet que l’Union Européenne vient d’octroyer un fond d’aide de 3 milliards d’euros à la Turquie pour l’aider à juguler la crise des migrants, alors que le monde apprend enfin que le régime turc d’Erdogan soutient et trafique avec l’état islamique et les rebelles islamistes depuis 2011].

Quelles ont été les conséquences de la guerre sur la zone industrielle d’Alep ?
Alep était la capitale économique de la Syrie. Nous avions plus de 80 000 usines. Bien plus qu’aucune ville au Moyen-Orient. En 2011, dès le deuxième mois de la guerre, les destructions et les pillages ont commencé. Dès les premiers mois, les rebelles nous ont distribué des tracts exigeant la fermeture de nos entreprises, sinon elles seraient brûlées. Ils ont envoyé ces menaces à tous les magasins et entreprises. Les gens ont immédiatement pris peur. Une vingtaine de mes amis industriels, membres de la Chambre de commerce, ont été assassinés car ils refusaient de fermer leurs usines. En 2011, les rebelles avaient réduit en cendres plus de 100 manufactures.
L’une de mes usines se trouvait à Cheikh Najjar, la plus grande zone industrielle. Les rebelles s’en sont emparés en 2011. On m’a dit qu’elle ne m’appartenait plus et que je n’avais pas le droit de la réclamer sous peine de représailles. Mon usine, qui produisait de l’huile d’olive, que je croyais être entre les mains de l’Armée syrienne libre (ASL), était en fait le quartier général de l’État islamique (EI). Une fois cette zone libérée en juillet 2014, j’ai constaté les dégâts. Sur les murs, étaient peints le drapeau de l’EI, il restait les vêtements des jihadistes, leurs tracts. Dans la zone, j’ai remarqué qu’il y avait près de 500 enfants qui avaient été privés d’éducation pendant deux ans. J’ai alors décidé de transformer cette usine en école gratuite.

Vous avez accusé le gouvernement turc d’être derrière le pillage des usines d’Alep…
Oui. Et j’ai des preuves sérieuses. J’ai déposé deux plaintes contre le gouvernement turc, aux tribunaux de Strasbourg et à La Haye. J’ai recueilli des preuves solides, des vidéos, des confessions et des témoins. Beaucoup d’industriels m’appelaient en panique me disant que les rebelles étaient dans leur usine et que des experts turcs étaient avec eux. Les hommes armés ne font pas la différence entre les différentes lignes de production d’une usine. Ils ne savent pas comment désassembler les machines sans les endommager. C’est pourquoi les experts turcs étaient présents, pour choisir leur butin et les envoyer à Gaziantep, à Adana… J’ai reçu plus de 5 000 plaintes d’industriels, victimes de vols. Le butin est parti en Turquie avec la complicité de la police turque. Impossible de faire passer du matériel d’usine facilement. Certaines machines font 20, 30 mètres de long. Ils ont utilisé des camions, sont passés aux postes-frontières, pas à travers des champs d’oliviers. C’est de la contrebande organisée. Ils ont vidé les zones industrielles d’Alep. C’est un champ de ruines.

Lire la suite de l’entretien de Farès el-Chehabi sur L’Orient – Le Jour.

 

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