[Brève] Débat Youssef Hindi/Alain Pascal sur les sources gnostiques de l’islam : les contradictions de la polémique catholiques/musulmans

éCe débat, trop court hélas, n’en fut pas moins intéressant et surtout symbolique. C’est pourquoi nous avons jugé bon d’en tirer ces quelques réflexions concernant la question générale de la polémique entre catholiques et musulmans au XXIe siècle, à l’heure d’une grande apostasie dont les effets se font d’ailleurs sentir aussi dans le monde musulman. Tout d’abord, il faut dire que ces deux auteurs ont chacun dans leur domaine, produit des écrits tout à fait utiles et pertinents. Alain Pascal excelle dans l’histoire des idées et dans la vulgarisation des grandes questions métaphysiques qui sont à la source des concepts kabbalistiques et gnosticistes dans la philosophie moderne, ce qui est une chose précieuse de nos jours, où ces sujets sont ou bien trop difficilement accessibles, ou bien caricaturés par un romantisme obsessionnel. De son côté, Youssef Hindi est un jeune essayiste franco-marocain d’une érudition remarquable et son livre Occident et Islam a le mérite de retracer avec beaucoup de précision la formation historique de l’idée sioniste à partir du messianisme tannaïtique, puis talmudique. 

Les modalités de la controverse

Alain Pascal maîtrise très bien l’histoire de la philosophie, mais le phénomène islamique n’est pas son sujet et il n’en aborde vraiment que l’histoire philosophique, en outre, il lui arrive, à mon avis, d’élaborer une sorte d’essentialisation de la « raison occidentale » opposée à « l’irrationnel oriental » qui me parait objectivement déplacée, ou un peu idéologisante, même si nous comprenons fort bien de notre point de vue, ce qu’il cherche à exprimer : il est un fait qu’Alain Pascal a un coté « catholique identitaire » qui peut se comprendre d’un point de vue générationnel ou plus simplement politique, mais qui d’un point de vue catholique, tend à faire penser qu’il ignore la situation de vacance du siège papal depuis 1958. Cela étant dit, Alain Pascal admet que son expertise porte avant tout sur l’histoire des idées, et non des religions. Il est donc normal et compréhensible que ses arguments portent avant tout sur cet aspect et il le fait avec une maîtrise qui pousse au plus grand respect. De son coté, Youssef Hindi est un jeune homme plurilingue, ayant bénéficié d’une formation soutenue mais aussi d’une culture internationale -ce qui est une chose précieuse-, il est tout à fait représentatif d’un type de néo-droitisme propre à l’anthropologie des musulmans occidentaux (comprendre modernes) actuels, lettrés, cosmopolites (dans le bon sens du terme) et passionnés par la question politique et historique, influencés à la fois par une forme d’idéalisme des valeurs de l’islam qui tient aussi bien du panarabisme social que du panislamisme politique, et par la pensée néo-réactionnaire des unions continentales patriotiques. Ce type de pensée est décuplé naturellement, avec la situation géopolitique du monde occidental, comme musulman. Quant à l’islam, religion qu’il professe, Youssef Hindi, bien qu’il se dise sunni, se tient concrètement dans une position fondamentalement coraniste, c’est à dire subjectiviste. Il s’agit là d’une approche spirituelle et rationaliste qui correspond en fait à la réalité de la vaste majorité des musulmans culturels et occidentalisés, que ce soit en Europe, comme en Afrique du Nord ou dans l’Orient arabo-musulman. Ce coranisme correspond tout simplement à un genre de modernisme, de relativisme et de fidéisme, tel que les sociétés occidentales ont pu le subir au XIXe siècle. Il s’agit d’un mode de libre-examen personnaliste et perpétuellement évolutif, dans lequel de plus en plus de musulmans se trouvent de plus en plus condamnés, peu importe qu’ils se groupent en communautés de valeurs (mirhabs salafi, associations cultuelles, traditions confrériques, etc), ou qu’ils continuent de faire vivoter une pratique religieuse devenue purement culturelle, ponctuelle et familiale, exactement comme les foules modernistes anciennement chrétiennes considèrent depuis quelques décennies le baptême, la Pâques, le jour de Noel : comme une simple occurrence festive, voire même pratique, essentiellement tournée vers le groupe humain, et jamais vers Dieu. In fine, la plupart des musulmans, surtout les plus globalisés (là encore, en Europe comme ailleurs, dans les campagnes comme dans les villes, dans toutes les couches sociales, etc) ont tous fini par constituer leur islam personnel, ainsi que leur culte personnaliste, raison pour laquelle il est presqu’inutile de chercher à convaincre un musulman sans avoir conscience de ce trait qui singularise toutes les fausses religions et tous les faux principes qui les constituent. Par exemple, il serait absurde de chercher à affirmer que seul le terroriste islamiste représente l’islam ou d’affirmer qu’il ne le représente pas du tout. En fait, le terroriste jihadiste ou le wahhabi polygame est tout aussi légitimement représentatif du pur et véritable islam, que l’est le musulman culturel, moderniste, pénétré de progressisme et adepte de l’esprit des Lumières, de même que le protestant baptiste peut tout aussi bien se proclamer représentant de la vraie religion chrétienne devant le protestant luthérien qui n’aura pas moins de raisons d’affirmer la même chose, dans la mesure où ces croyances ne procèdent pas d’un système objectiviste, mais subjectiviste, donc irrationnel. Pour affirmer l’existence certaine de leur foi, aucune de ces parties n’a la moindre autorité, ni le moyen de prouver le moindre début d’autorité, par aucun moyen logique, ni rationnel. Aussi leur adhésion, fervente ou quiétiste, n’est jamais autre chose qu’un fidéisme cultuel, communautaire et personnaliste. Ainsi, Youssef Hindi n’a aucune autorité – ni spirituelle, ni rationelle – pour affirmer par exemple, que l’Etat islamique ou le wahhabisme ne seraient pas conformes à la tradition ou l’orthodoxie de l’islam sunni tel qu’il le conçoit lui, dans sa tradition confrérique ou personnaliste propre. En réalité, Daesh, les wahhabis ou les ismaéliens, les khadidjites ou les malékites, de même qu’Avicenne et Ibn Roschd, sont tous de pures et fidèles créations et expressions de l’islam : leur diversité ne conduit pas une union spirituelle rationnellement déterminable, mais expose une désunion rationaliste qui conduit de fait à un indéterminisme (ou à un déterminisme) spirituel et irrationnel que chaque musulman peut se permettre d’adopter, de façon tout à fait arbitraire, mais justifiée dans un pareil système. De même que les premiers apôtres de l’islam étaient tous justifiés, selon leur système, pour se faire la guerre entre eux et jusque dans la méditerranée, où ils vont attaquer et envahir, quantité de nations, depuis Carthage à la Maurétanie, et jusqu’à Chypre, dès les années 640. Ainsi, c’est dans une opération de piraterie massive que l’apostolat de l’islam débute dans l’Afrique du Nord en 647, résultant dans le massacre des civils de Carthage et la prise d’un nombre immense d’esclaves, notamment des femmes. C’est Ibn Kathir qui nous enseigne toutes ces choses dans le volume 10 d’Al Bidaya wa al-Nihaya. Omar Ibn Khattab, deuxième calife, l’un des plus proches compagnons du prophète de l’islam, sera lui-même le persécuteur impitoyable de la famille de ce dernier. Youssef Hindi, dans ses livres, a retracé avec beaucoup de pertinence les influences philosophiques du courant que l’on appelle réformateur ou néo-réformiste. Il a évoqué entre autres, le fameux Al-Afghani, véritable fondateur spirituel du néo-réformisme dit salafiste, rappelant qu’en effet, cet Al-Afghani et les premiers prosélytes salafistes de la fin du XIXe-début XXe étaient profondément libéraux dans leurs influences, à tel point que ce penseur charismatique fondera une loge maçonnique musulmane très importante en Egypte, directement liée au Grand Orient de France, lequel persécutait à la même époque les catholiques en France et entravait par tous les moyens les missions de l’Eglise en Algérie. Ces informations sont justes et le propos de Youssef Hindi est utile, mais sa conclusion est irrationnelle : en quoi Al-Afghani ou d’autres réformistes de cette époque, par exemple l’emblématique Sayyid Qutb, ont-ils dénaturé ou trahi les valeurs ou la tradition de l’islam ? Nous comprenons que dans son mode de pensée, Youssef Hindi perçoit qu’il y a eu dans ces phénomènes néo-réformistes, wahhabi ou salafi, des influences occultes. Ceci est indiscutable et nous sommes d’accord avec lui. Mais il semble que le jeune auteur s’imagine alors que ces phénomènes constituent la preuve qu’il y a eu une subversion et une instrumentalisation majeure de l’islam entre le XVIIIe et le début du XXe siècle. Là encore, ce n’est pas faux, mais la conclusion de Youssef Hindi est donc de s’imaginer que cette subversion aurait formé de nouvelles formes d’islam, novatrices, libérales, anti-traditionnelles, en un mot, hérétiques. Là encore, il ne peut opposer aucune justification rationnelle d’une telle considération. De la même façon, l’islam moderniste, qu’il soit progressiste ou traditionaliste-quiétiste, s’emploie par tous les moyens à démontrer que tel imam « radical » ne représenterait pas l’islam, de même que tel ou tel groupe fondamentaliste de type frériste ou daeshiste. Il apparaît que modernistes musulmans emploient contre d’autres, le même procédé de takfir (excommunication) qu’il reprochent à ceux qu’ils appellent les « takfiristes ». Mais de  quelle autorité raisonnable peuvent se prévaloir les uns et les autres, pour s’excommunier mutuellement, peu importe que leurs motivations soient conservatrices et violentes, ou progressistes et individualistes ? 

La réalité, c’est que, malgré sa préoccupation bien compréhensible, Youssef Hindi n’a aucun moyen raisonnable et logique de démontrer que sa conception de l’islam, ou celle de ses références, serait plus juste ou conforme aux dogmes ou aux valeurs de l’islam, que celle des réformistes salafistes, fussent-ils franc-maçons ou d’ardents penseurs panislamistes tels que Qutb. La réalité, c’est que l’occultisme que Youssef Hindi reproche naïvement aux mouvements réformistes modernes n’est pas un accident, il est une cause, il est la cause même de la création du coran. C’est pourquoi Youssef Hindi ne peut pas rationnellement affirmer, ni prouver que les doctrines métaphysiques d’Avicenne, ou que les doctrines du salafisme seraient non-islamiques ou n’exprimeraient pas une orthodoxie islamique raisonnable et justifiable. La source de l’islam n’étant qu’une cause de ce monde, une idéologie purement humaine, il est fatal et logique que cette croyance ne se réalise et de ne se maintienne que par accident, c’est à dire selon les seuls rudiments du monde, selon l’orgueil, l’influence ou les sentiments de ceux qui en professeront la croyance. En effet, le dogme, c’est à dire la certitude, est fondamentalement impossible en islam. De même, les valeurs, foncièrement attachées à ces dogmes, évoluent au gré des personnes, des orgueils, des faiblesses, des volontés, des désirs et des appétits. C’est pourquoi il est absurde de vouloir contredire les arguments d’Alain Pascal en se bornant à affirmer, par exemple, que le monisme ou l’émanantisme ne se trouveraient pas explicitement exprimés dans le coran. Le coran a beau proclamer être un livre en arabe clair –ce qu’il n’est pas-, il fonde ou justifie une croyance de base (le vrai monothéisme révélé à un prophète du nom de Mohammed) fatalement pluraliste et ontologiquement anti-universelle, le vicariat califal (un autre signe que l’islam est une contre-église antéchristique) étant dès l’origine, non pas la source raisonnable de l’interprétation du dogme et de la réunion spirituelle et temporelle de l’Umma, mais concrètement la source purement naturaliste et humaine de toutes les divisions et de toutes les ambitions particulières des origines : ainsi, même l’exégétique sunni traditionnelle est en réalité suspecte d’être une pure constitution ésotérique,voire politique, ce qui revient au même. Le dogme en islam est donc proclamé de façon subjective, il est essentiellement la volonté de l’homme, interprétant ce qu’il croit être la Volonté de Dieu (la révélation du coran), aussi ce dogme varie-t-il graduellement selon les cycles du pouvoir temporel, exactement comme le dogme interne au Coran évolue lui même au gré du système des abrogations. Ce n’est pas une chose nouvelle, c’est le principe vicié de toutes les idéologies mécanistes en puissance : l’islam a commencé dans le subjectivisme émanantiste de son prophète ou du moins de l’auteur du ou des corans. Si le temps n’avait pas manqué, peut-être qu’Alain Pascal aurait pu développer toutes ces choses.

L’Unité impossible en islam et la Seule Unité Catholique

Le fait est qu’à l’heure actuelle, des auteurs comme Alain Pascal, qui professent des idées catholiques par la philosophie, et des gens comme Youssef Hindi, qui adaptent leur islam personnaliste à leur volonté intellectuelle, semblent objectivement et mutuellement ignorer au moins une partie capitale des systèmes qu’ils défendent ou tentent de réfuter. En particulier, tous deux ignorent concrètement les réalités théologiques totales de l’Église catholique et les raisons pour lesquelles on peut déterminer par la raison qu’elle est indubitablement, sans nul doute, la citadelle spirituelle imprenable qui garde la Vraie Religion du Dieu Unique. En particulier, on peut déterminer par la Foi et la raison, que le Magistère de l’Eglise est à jamais pur de toute erreur, et ce caractère prouve raisonnablement que la cause de cet effet, à savoir la promesse de Notre Seigneur Jésus-Christ à cet égard, est Elle-même ontologiquement Pure de toute erreur. Nous rappelons ceci parce qu’à l’examen objectif des Saintes Écritures et du Magistère de l’Eglise catholique qui en est son interprétation infaillible, nous, catholiques, pouvons déterminer raisonnablement et donc croire avec certitude, qu’il n’y a qu’Un Seul Dieu, que ce Dieu Unique se présente mystérieusement mais raisonnablement comme Père, Fils et Saint Esprit, et que Ce Fils et Cet Esprit sont venus dans le monde par la Volonté du Père, selon les prophéties de l’Ancien Testament, et que ce Fils a institué une nouvelle alliance pour Son peuple, qu’Il a placé sous l’autorité de l’Eglise, fondée sur la foi du premier apôtre Pierre. Il a donné à l’une et à l’autre, des promesses d’indéfectibilité et d’infaillibilité, et deux mille ans plus tard, chacun peut raisonnablement constater que jamais ces promesses n’ont été démontrées fausses. Mieux encore, on peut raisonnablement et objectivement constater que l’Ecriture Sainte et la Loi de l’Eglise sont faites de telle manière, qu’elles présentent tous les caractères de la perfection conceptuelle. Malgré tout ce qui est arrivé à l’Eglise depuis la Pentecôte, le dogme chrétien est demeuré intact, toujours ancien et toujours nouveau, exprimant toujours la même doctrine évangélique, invariablement, et amplifiant ce magistère d’interprétation dès qu’une innovation hérétique ou un questionnement philosophique et moral important surgissait dans le monde. Il en résulte que l’Eglise catholique, que ce soit au temps du quatrième pape Saint Clément de Rome, ou que ce se soit dans notre époque dans laquelle le siège papal est vacant et occupé par des imposteurs non-catholiques, réalise rationnellement, visiblement et concrètement l’unité de tous ceux qui ont la Foi dans la Sainte Ecriture, dans la Loi de Dieu. C’est pourquoi, même à l’heure du règne de la contre-église Vatican 2, le simple examen des Saintes Écritures et du Magistère infaillible de l’Eglise nous permet de distinguer avec certitude et raison, ce qui est vrai de ce qui est faux, ce qui est bon et ce qui est mal, qui est un chrétien et qui ne l’est pas, et donc, qui est un vrai pape, et qui ne l’est pas, de ce qui est l’Eglise de ce qui est une fausse église. Tandis que pour l’islam, malgré sa vivacité actuelle, malgré les nations islamiques encore puissantes dans le Golfe et ailleurs, malgré le dynamisme démographique, malgré même la richesse historique et culturelle de cette civilisation, absolument aucun musulman pratiquant et étudiant, n’est potentiellement en mesure de distinguer avec certitude et raison, selon ce système islamique, ce qui est vrai, de ce qui est faux, ce qui est bon de ce qui ne l’est pas, de qui est vraiment musulman et qui ne l’est pas, ou qui a une autorité infaillible pour l’interprétation des écritures et qui ne l’a pas, qui fait partie de l’Umma et qui n’en est pas, qu’est ce que l’Umma, ou qu’est ce que n’est pas l’Umma. Comme l’affirme ironiquement l’auteur du coran, niant la Passion du Messie : »ils n’en ont aucune certitude« . Ce n’est pas le seul paradoxe critique de cette compilation.

Considérant les milieux interlopes dans lesquels Youssef Hindi évolue (E&R, Civitas, etc), il y a peu de chances pour lui que ces fréquentations hétérodoxes puissent l’attirer positivement vers une compréhension correcte du christianisme, ou plutôt, il ne trouvera pas dans ces rangs de contradicteur sérieux et capable d’aller au bout du raisonnement théologique catholique. L’accusation d’Alain Pascal, qui a remarquablement mis en lumière la source de l’erreur métaphysique en islam, est entièrement justifiée, correctement établie et parfaitement raisonnée. Mais cette démonstration ne suffit pas, quoiqu’elle soit majeure, elle ne se comprend que si l’on démontre totalement et empiriquement aux musulmans, en l’occurrence à Youssef Hindi, que l’islam est indiscutablement une fausse religion, c’est à dire qu’il faut alors articuler les démonstrations métaphysiques et philosophiques, avec la source de l’erreur, c’est à dire le Coran et ses multiples sources : les sources apocryphes (l’influence de la théologie des nestoriens et d’autres réminiscences de gnosticismes post-chrétiens sont évidentes), ainsi que les sources talmudiques (qui se retrouvent dans la discipline, mais aussi dans la théologie sunnite la plus classique), sans compter d’autres choses étonnantes, des sources de la gnose levantine antique, ou des sources complètement profanes, comme les sourates 18 et 83 qui évoquent l’épopée de Dhul Qarnayn, qui selon Al Tabari ou Al Qurtobi, n’est autre qu’Alexandre le grand, qui aurait donc été lui aussi compté parmi les vrais croyants des temps prophétiques. Or, les faits relatés dans le coran, concernant ce personnage, correspondent en effet aux aventures romancées dans le conte ou romance d’Alexandre, récit populaire et mythique connu depuis le IIIe siècle de notre ère chez les grecs, les syriaques et les arméniens, et qui était encore très lu dans tout le moyen-age français et européen. Ce n’est qu’un exemple parmi cent autres. L’histoire des deux premiers siècles de l’islam est également un point important, puisqu’il est clair que les premiers califes de cet empire ont fait de cette mythologie originelle, une religion sociale tout à leur avantage, bien qu’ils n’eurent jamais le moyen d’en contrôler la profusion. Tout historien et tout archéologue sérieux sait maintenant par exemple, que la ville de la Mecque n’a été fondée que dans les années 740, soixante ans après qu’Ibn al Zubayr, lors de la guerre de la deuxième Fitna, ait détruit la kaaba de Petra et se soit replié dans ce qui est encore aujourd’hui considéré comme le lieu saint de l’islam, vers lequel tous les fidèles de cette religion se tournent cinq fois par jour. Des sourates, telles que la 66, qui parle d’une « Marie, fille d’Imran » que les musulmans affirment être Notre Dame, est clairement une oeuvre suscitée par un esprit démoniaque, pour quiconque a l’honnêteté de comprendre le Coran à la façon de l’orthodoxie sunnite et pour quiconque sait dans quel contexte honteux et réellement insultant cette révélation fut inspirée. Nous pourrions multiplier ces exemples, mais ils seraient encore inutiles, car, jetés seuls, ils seraient rejetés par le subjectivisme commun aux musulmans personnalistes qui, à cause de leur fidéisme, ne sont plus capables de volonté de conscience devant l’examen de ces réalités. Les contradictions nombreuses, littérales et conceptuelles, qui se trouvent dans le Coran, le système des abrogations entre autres, ne se résolvent pas non plus sans une exégèse qui ne peut être officielle et universelle en islam, que par un mode temporel, politique, c’est à dire subjectiviste et nécessairement naturaliste : en conséquence de quoi l’utopie de l’Umma, modèle antéchristique d’une contre-église anarcho-libertaire, est essentiellement impossible à réaliser, non seulement spirituellement, mais aussi temporellement, sinon par la force et la conquête armée, ou bien par la puissance du sophisme intellectuel et du charismatisme des mystiques, en somme, par la seule volonté humaine. C’est pourquoi l’islam fut dès l’origine et nécessairement une idéologie ésotérisante, rationnellement traduite dans un ordre temporel qui fait et défait, consciemment ou pas, la religion, de même que seront conduits à le faire ses croyants, laissés à eux-mêmes sans autre pasteur que le prince du moment, le prédicateur le plus emblématique, ou le plus séduisant philosophe de la place. 

L’application impossible du principe d’identité en théologie islamique et en théologie moderniste

Youssef Hindi s’applique surtout à défendre les valeurs civilisationnelles de l’imperium arabo-islamique sunnite dans l’histoire. C’est une posture naturaliste, peut-être inconsciente, en tout cas humaine, et elle n’est d’ailleurs pas infondée. Il est indéniable que les groupes d’hommes qui ont suivi les codes spirituels, politiques et moraux du coran, à partir de la fin du VIIe siècle, ont donné naissance à une civilisation originale, tout à fait digne de ce qualificatif. Mais quel peuple chez les païens de l’antiquité, ou dans les temps modernes, n’a pas formé de grande civilisation ? Il semble que Youssef Hindi partage avec ses contradicteurs de la « dissidence », de la réaction ou de la droite métapolitique actuelle, une certaine propension à l’utopisme identitariste, conceptuel et mythiste en puissance. Le fait de revendiquer une certaine sensibilité spirituelle et même de vouloir la placer de façon efficiente dans la pensée et dans l’action du politique et de la société, c’est certainement une chose bonne en soi. Mais cette intention est vaine sans exercice total de la conscience, surtout si l’on finit par replacer l’homme au cœur de cette intention, alors qu’on pense y placer Dieu. Si la spiritualité permet de connaitre Dieu, alors ce Dieu est nécessairement un Principe, une Cause, il doit donc être placé au sommet de toute pensée. Dès lors, toute pensée doit être en mesure de connaitre la volonté de ce Dieu qui s’adresse raisonnablement et avec une infinie Miséricorde à la créature. A quoi sert alors une pensée politique, si elle se méprend sur la Volonté, c’est à dire l’Identité même de Dieu ?

Les postures traditionalistes de ces personnalités de la « droite catholique » française dissimulent souvent le vide de leur réflexion concernant la situation de l’Église. En effet, présenter des François ou des Benoît XVI comme de vrais papes catholiques, ne peut que conduire un Youssef Hindi ou tout autre non-catholique à considérer la foi catholique comme une option sensuelle, romantique, expérimentale ou identitaire. Or, c’est tout à fait l’attitude qu’il doit trouver dans ces cercles (le dualisme réconciliariste et naturaliste), et cette attitude ne peut que le conforter lui-même dans le système islamique qui, nécessairement, conduit et contraint toute personne qui y adhère à adopter à un subjectivisme spirituel et moral pour soutenir une base qui elle-même, ne peut rien soutenir, bien que le Coran proclame le tawhid, l’unicité de Dieu et donc nécessairement l’union de la foi, visible, authentifiable et reconnaissable. Les sources notoirement exégétiques et évolutives de l’aquidah et des cinq pilliers eux-mêmes, expriment ce pluralisme et son essence entièrement subjectiviste. Pour réfuter l’accusation d’Alain Pascal, à savoir que les sources gnosticistes de l’islam se prouvaient par la métaphysique moniste de sa philosophie, Youssef Hindi recourt à la citation de sourates du Coran afin de démontrer que l’Absolu des gnostiques ne correspondait pas à ce que lui, Youssef Hindi, constate à la lecture du coran concernant l’essence divine. Alain Pascal aurait pu demander alors au nom de quelle autorité Youssef Hindi se permettait-il de donner à ces versets cette interprétation-là, plutôt qu’une autre ? Alain Pascal aurait alors pu rationnellement faire remarquer à Youssef Hindi qu’en raison du contenu et de la constitution manifestement irrationnelle du coran, la compréhension rationnaliste de cette compilation, et éventuellement l’application de ses enseignements, ne peut qu’aboutir à une forme ou une autre d’ésotérisme et in fine, de conception émanantiste de la foi, avec les conséquences métaphysiques que l’on sait. C’est pourquoi tous les mirhab de l’orthodoxie sunnite condamnent la libre-interprétation des sourates du coran, qui doivent être comprises chez eux, selon la tradition exégétique du hadith, tandis que chez les chiites (ce qu’a bien fait remarquer Alain Pascal), l’interprétation doit être le fait d’une caste cléricale considérée comme initiée à cet effet. Youssef Hindi idéalise en fait sa propre conception de l’islam, dans l’histoire, la philosophie et la théologie. Par exemple, il lui serait impossible de nier la métempsychose exprimée par le paradis charnel et sensualiste du coran, sans tomber lui même dans une forme d’ésotérisme personnel.

Certainement, un format plus long et plus académique, un colloque par exemple, aurait peut-être permis à Alain Pascal, à Youssef Hindi ou à d’autres, de produire une polémique plus fructueuse. Si on veut réfuter l’islam, il faut maîtriser au moins la théologie catholique, cela paraît évident. Mais il faut aussi maîtriser la pensée islamique, plus encore, son histoire, son établissement et surtout sa source. En raison de la situation de l’Église depuis 1958, et de la situation politique de la société européenne, il est clair qu’il y a peu de gens actuellement capables de fournir un apostolat catholique total pour répondre aux objections des musulmans. Les Odon Lafontaine, Leila Qadr et E.M. Gallez ont fourni un travail excellent, absolument décisif du point de vue documentaire, mais ils sont modernistes, jusque dans leurs méthodes et leurs arguments, de même que des gens comme Clarisse qui mélangent paradoxalement d’excellentes et franches réponses, à un œcuménisme effréné. Guy Pagés est le cas typique du conservateur conciliaire de bonne foi, malheureusement aveuglé par l’adoration du « grand » Jean-Paul II. Alain Pascal, qui à notre avis, a une légère tendance à exalter et à essentialiser « l’Occident chrétien », n’échappe peut-être pas à cette maladie lorsqu’il s’insurge contre l’application du système de la chari’a dans l’Espagne andalouse, bien que nous soyons tout à fait d’accord avec lui pour établir ce lien entre monisme et violence sociale, mais il faudrait alors parler plus précisément d’iniquité sociale, car il ne s’agit pas nécessairement d’une violence directement physique, mais plus souvent d’une violence anthropologique, telle qu’on l’observe dans le novus ordo mundialis actuel. Youssef Hindi a cherché à défendre ce système de chari’a de façon raisonnable en démontrant qu’en effet, ce droit civil était plus libéral qu’on ne le dit souvent. L’islam étant un libéralisme politique (conquête géopolitique pour établir ou permettre un ordre temporel non inspiré par Dieu), son règne social est nécessairement un règne inique, même si en certaines époques, en certains lieux, en diverses circonstances, l’Andalousie, la Perse ou l’Afrique du Nord musulmanes étaient extérieurement des sociétés policées, structurées, sophistiquées et fort ouvertes à un cosmopolitisme fructueux. Mais ce règne social, en puissance, n’était pas moins abject que le « nouvel ordre » globaliste des sociétés actuelles. On le voit de manière frappante dans l’iniquité morale du règne marital en islam : et là, on voit mal comment le coranisme de Y.Hindi pourrait y trouver des vérités morales absolues dans l’orthodoxie sunni, notamment dans le fiqh maleki, particulièrement traditionaliste en ce domaine. Mais le fait de taxer, de pratiquer une certaine ségrégation sociale, ou d’interdire le culte public des fausses religions, cela n’a rien de fondamentalement islamique, c’était la loi de l’Église en bien des lieux et des époques, c’est même ce qui a permis de former la société chrétienne occidentale qu’Alain Pascal exalte non sans raison, et c’est toujours et à jamais, essentiellement, la loi de l’Eglise, laquelle condamne la liberté religieuse, l’une des hérésies majeures qui nous permet par exemple d’identifier l’entité Vatican 2 comme une fausse église antéchristique et ses chefs, comme des faux papes apostats. C’est pourquoi la question de la situation de l’Eglise est en réalité centrale dans cette polémique comme dans toute action apologétique actuellement :  on ne peut pas occulter l’activité et la présence d’antipapes en disant simplement « ne pas vouloir s’occuper de théologie », et en accusant l’attitude théologique musulmane qui est en fait de la même nature que le modernisme théologique. Ce glissement négatif cause encore blocages et quiproquos dans la controverse entre catholiques et musulmans. Or, le Règne social du Christ se limite pas vulgairement à l’Occident, il n’est pas une vulgaire « option identitaire », il n’est pas une mode au sens du monde, il est Le mode pour sauver le monde : il est par lui-même la seule Loi divine et nécessaire à tous les hommes pour leur Salut.

Les réponses aux erreurs ne peut qu’être catholique, c’est à dire Universelle, donc totale

En bref, vouloir réfuter l’islam uniquement par la méthode scripturaire comparative, ou uniquement par la critique historique, ou la contradiction philosophique, etc. serait évidemment une erreur et surtout un effort vain, puisqu’au bout du compte, l’on annonce pas la pure doctrine catholique toute intègre, sans quoi l’apostolat n’est plus une œuvre apologétique, mais un pur exercice polémique et partisan consistant à faire prévaloir sa méthode, sa communauté temporelle, sa personnalité sur une autre. En soit, tout humain, donc tout musulman, est doté d’un intellect, d’une volonté, d’une raison. Il est donc capable, si son orgueil ne s’y oppose pas, de comprendre raisonnablement pourquoi l’islam est une fausse religion, et pourquoi seul le catholicisme est la vraie religion, divinement instituée par le Saint d’Israël, Notre Seigneur Jésus-Christ. A ce titre, on peut alors utiliser toutes ces différentes méthodes, de façon empirique, pour démontrer raisonnablement, non seulement que l’islam est de toute évidence une fausse religion, mais aussi que l’Église est le Nouvel Israël, que Jésus Christ est Dieu et que la Très Sainte Trinité, Elle aussi, est Le Dieu Unique, le Saint des Saints. Mais tout ceci ne se fera certainement pas au milieu des obsessions identitaires ou idéologiques, malvenues dans ces débats qui portent à l’Universel, et encore moins en présentant des apostats et des hérétiques tels que François ou Benoît XVI, comme s’ils étaient papes ou même membres de la Sainte Église catholique, Épouse immaculée du Fils de Dieu, Gardienne du dépôt des Saintes Écritures contre laquelle les portes de l’enfer ne peuvent rien, selon les promesses du même Jésus-Christ Notre Seigneur. En effet, est-on un témoin de l’Époux si l’on ne témoigne pas de la foi de l’Épouse ?

Il faut espérer que dans un avenir proche, des esprits musulmans élevés, comme Youssef Hindi, puissent considérer la réalité objective de la Révélation et qu’ils sortent totalement de cette vision subjectiviste, qui, à notre avis, s’est encore exprimée chez Youssef Hindi lorsqu’à la toute fin de ce débat, il a voulu justifier la pertinence de la mission divine de la descendance d’Ishmael, fils d’Agar, (il fait une erreur en affirmant que la tradition judéo-chrétienne en fait les ascendants des musulmans, ils sont les ascendants des arabes) en citant l’opinion de deux religieux médiévaux qui semblaient personnellement convaincus de ce fait. Or, que vaut l’opinion particulière de ces hommes ? Sur quoi est-elle établie ? Pas sur l’orthodoxie catholique, ni sur la réalité de la Sainte Ecriture qui indique tout autre chose. Du point de vue catholique, seul ce qui est déclaré par le sommet de l’Eglise, c’est à dire le Vicaire du Christ, est chose certaine et définitive, à cause du témoignage de la Révélation à ce sujet. Du point de vue de l’opinionnisme, chez les musulmans, comme chez les modernistes, le principe de non-contradiction est rejeté. Et surtout, les lois et les établissements de Dieu sont mis en doute, méprisés comme de vulgaires documents humains. Youssef Hindi se rendra-t-il compte que l’islam est nécessairement un modernisme opinionniste ? Quoiqu’il en soit, il lui faudra débattre avec de vrais catholiques semper idem, c’est à dire « sédévacantistes », c’est à dire avec les derniers catholiques de notre époque, pour trouver une contradiction digne de ce nom.

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